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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/352

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d’Angleterre vers Calais, sans trouver de bonnes gens qui se vantent d’avoir eu César chez eux. Chaque province, dit-il, dispute à sa voisine l’honneur d’être la première en date à qui César donna les étrivières. Voltaire ajoute : « Les Indiens sont plus sages ; ils savent confusément qu’un grand brigand, nommé Alexandre, passa chez eux après d’autres brigands, et ils n’en parlent presque jamais. » A défaut des Indiens, le monde en a parlé, et l’Orient a subi l’ascendant de la civilisation grecque, que lui apporta dans ses replis de fer la phalange macédonienne. C’est ce rôle de civilisateur à main armée qu’en 1805 allait de plus en plus prendre Napoléon. Déjà il avait exercé sur l’Italie une influence heureuse, il l’avait arrachée à l’Autriche, il y avait fait connaître et goûter l’égalité civile, ainsi que l’unité de législation. Après l’Italie vint le tour de l’Allemagne. C’est l’Angleterre qui contraignit Napoléon à passer le Rhin pour se débarrasser sur l’Océan d’un si rude adversaire. Elle se sentait trop vivement menacée chez elle pour ne pas lui chercher des ennemis sur le continent, dût-elle les payer fort cher, et elle forma contre la France une troisième coalition, dont le dénoûment fut la paix de Presbourg. De cette paix date la fin de l’empire germanique, et pour l’Allemagne une ère nouvelle. Cependant, un an auparavant, la députation de l’empire, Reichsdeputation, avait à Ratisbonne promulgué un décret en quatre-vingt-neuf articles qui réglait les affaires de l’Allemagne, et la diète elle-même avait confirmé les lois encore subsistantes du corps germanique, en déclarant le maintien de l’ancienne constitution dans tous les points auxquels on n’avait pas touché. Le 26 décembre 1805, le traité de Presbourg mettait toutes ces déclarations au néant. Par ce traité, Napoléon faisait rois les électeurs de Bavière et de Wurtemberg, qui recevaient en outre avec la couronne des territoires que leur cédait l’Autriche. C’était briser les liens de l’empire germanique, puisque les nouveaux rois étaient investis, sur les parties anciennes et nouvelles de leurs états, de la plénitude de la souveraineté. Au surplus, les conséquences du traité de Presbourg ne se firent pas attendre. Le 12 juillet 1806, seize princes allemands, ayant à leur tête les rois de Bavière et de Wurtemberg, déclarèrent se séparer à perpétuité du territoire de l’empire germanique, et former entre eux une confédération particulière sous le nom d’États confédérés du Rhin. La nouvelle confédération se plaçait sous la protection suprême de l’empereur des Français. Enfin un manifeste émané de l’empereur d’Allemagne vint mettre le sceau à cette révolution. François II déclara qu’il considérait comme dissous les liens qui jusqu’à présent l’avaient attaché au corps de l’empire germanique, et qu’il regardait comme éteinte par la confédération des états du Rhin la charge de chef de l’empire. Depuis cette déclaration, que de changemens ont défait en Allemagne l’œuvre de 1806 ! Toutefois, l’empire germanique ne s’est pas relevé, et