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contraire aux conditions de l’un, et les lois de septembre comme attentatoires à l’autre. Plongé dès-lors dans une sorte de contemplation méditative, il n’en sortit plus que par de vives saillies de raison et des mots d’une mordante ironie. Il laissait tomber assez souvent quelqu’une de ces paroles souveraines qui semblent le jugement de la postérité sur un homme ou sur une question, et qui couraient rapidement, recueillies avec une avide curiosité. Cette justice dans la sévérité, nous devons le dire toutefois, ne se retrouvait pas toujours dans les traits échappés à la verve chagrine du vieillard. M. Royer-Collard, comme les gens qui ont beaucoup vécu, et peut-être comme sont un peu portés à le faire les esprits réfléchis, était assez disposé à prendre tout en mépris. Il y avait cela une raison plus intime. Les plus grandes ames, non plus que celles du vulgaire, ne demeurent étrangères à cette souffrance un peu aigre qui suit la déception des longues espérances, et, n’avant pu réussir à fonder cette alliance qu’il avait rêvée de la branche aînée et des idées nouvelles, peut-être était-il à son insu poussé à se venger, sur ce qui l’environnait, de ses illusions détruites. Au reste, cette opposition n’était pas dangereuse ; elle ne se témoignait que par de bons mots atténués par des votes. Au fond, en effet, ce que voulait M. Royer-Collard, ne l’a-t-il pas obtenu ? Il a voulu le gouvernement représentatif, et il l’a vu s’implanter en France, laissant après lui des réformes à opérer, et plus de révolution à faire. Si tous ses désirs n’ont pas été remplis, sa vie n’a donc pas été stérile. Il a contribué pour une part très considérable à trois grandes choses : il a réveillé le spiritualisme en France dans les études philosophiques ; il a maintenu et réorganisé l’Université, il a enfin formulé les principaux dogmes et contribué à assurer la pratique plus sincère du gouvernement constitutionnel. Jamais homme n’a été plus digne d’une pareille œuvre. Il a été ce qu’on est peu de nos jours, profondément libre dans ses jugemens, profondément désintéressé dans sa conduite. C’est ce qui communiquait tant d’autorité à sa parole, c’est ce qui rendait son silence même si imposant. En lui, rien d’extérieur, rien d’emprunté. Le secret de sa force est en lui-même, et il est du petit nombre de ceux qui commencent par obéir aux principes pour avoir le droit de commander en leur nom.

Voilà la part de l’éloge, je la fais grande ; mais c’est qu’il y a beaucoup à louer dans M. Royer-Collard, pour quiconque étudie sa vie sans esprit de parti. Voici la part qu’on peut, je crois, faire à la critique, Comme philosophe, M. Royer-Collard a réduit la connaissance humaine à des bornes trop étroites ; il n’a pas tenu assez de compte de la tradition philosophique. Il l’a traitée même souvent dans ses représentans les plus illustres avec une dureté bien injuste. Lui qui fait de la métaphysique, et de la métaphysique excellente, il s’exprime sur les métaphysiciens