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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/282

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C’est bien à tort, avons-nous dit, que quelques hommes espèrent ou prétendent que le seul progrès du temps doit nous conduire pas à pas à l’affranchissement successif de toutes nos industries et à la liberté complète dans l’avenir. Sous l’empire du système qui nous régit, cet affranchissement graduel est impossible. L’industrie française est en quelque sorte acculée dans une impasse d’où elle ne sortira jamais, quoi qu’il arrive, si la main du législateur ne vient lui pratiquer une issue. Jamais, par exemple, l’industrie manufacturière ne soutiendra, pour la grande masse de ses produits, la concurrence de l’étranger, tant qu’elle paiera à des prix artificiels, à des prix supérieurs à ceux du commerce libre, et les matières premières qu’elle met en œuvre, et les agens qu’elle emploie. Quant aux industries qui s’attachent à la terre, telles que l’agriculture et l’exploitation des mines, comme elles sont, ainsi qu’on l’a vu, constituées en monopole étroit par le seul effet des lois restrictives, il n’y a aucune raison, quelques progrès qu’elles puissent faire d’ailleurs, pour que la valeur vénale de leurs produits descende jamais au-dessous de son niveau présent. Toutes les parties de ce système sont donc étroitement liées et se soutiennent entre elles. Les monopoles en font la base première ; de ce côté, rien à attendre du bénéfice du temps, et, comme les industries constituées en monopole sont précisément celles dont toutes les autres relèvent et qui leur fournissent leur aliment, elles les retiennent captives avec elles dans les liens du monopole qui les étreint. Dans cet état, quelle chance reste-t-il de voir réaliser dans l’avenir cette émancipation graduelle dont on se flatte ? Il est évident que si cette émancipation doit s’accomplir, et nous l’espérons aussi, c’est à la condition seulement que le législateur interviendra pour la préparer et pour la ménager. Il n’est pas moins évident que les premières mesures réclamées par notre situation présente sont celles qui s’attaqueront aux monopoles sur lesquels tout l’édifice du système protecteur repose.

Tel fut l’esprit de la grande et si utile réforme entreprise en Angleterre, de 1820 à 1826, par M. Huskisson, réforme qui ne fut pas seulement l’avant-coureur et le prélude, mais encore la préparation nécessaire de celle que sir Robert Peel exécuta plus tard. C’est en affranchissant d’abord toutes les matières premières et tous les agens du travail que M. Huskisson a donné aux fabricans anglais, avec les conditions d’une supériorité facile, ce sentiment de leur force qui leur a fait plus tard désirer et puis conquérir une liberté complète. Ajoutons qu’en appelant dans une certaine mesure, même pour les produits ouvrés, la concurrence étrangère, il a mis ces fabricans en demeure de perfectionner leurs procédés, et voilà comment il leur a appris peu à peu à ne craindre plus de concurrence d’aucune espèce.

Les partisans des restrictions, nous le savons trop bien, en jugent et