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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/256

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entre les deux colonnes, mais faisaient également partie de l’escadre de Collingwood. Unies par une pensée commune, bien que destinées pendant le combat à une complète indépendance, ces deux divisions d’une même armée, la première de 12 vaisseaux, la seconde de 15, partageaient la noble émulation de leurs chefs et montraient une égale ardeur à se rapprocher de notre escadre.

Composée de 18 vaisseaux français vaisseaux de 80 et de 74, et de 15 vaisseaux espagnols, parmi lesquels figuraient 4 vaisseaux à trois ponts, la flotte combinée comptait 6 vaisseaux de plus, mais 3 vaisseaux à trois ponts de moins que la flotte anglaise [1]. Six officiers-généraux commandaient les divisions de cette armée. Le pavillon de l’amiral Villeneuve était arboré à bord du Bucentaure ; celui de l’amiral Gravina, à bord du Prince des Asturies, vaisseau de 112 canons, armé au Ferrol, Le contre-amiral Dumanoir montait le Formidable ; le contre-amiral Magon, l’Algésiras, et 2 magnifiques trois-ponts espagnols, la Santissima-Trinidad, de 130 canons, et la Santa-Anna, de 112, faisaient flotter, au milieu de cette forêt de mâts, le premier le pavillon du contre-amiral Cisneros, le second le pavillon du vice-amiral Alava.

Gênée dans son évolution par le calme et la houle, cette flotte immense, qui se développait alors sur une étendue de cinq ou six milles, présentait à l’ennemi un front irrégulier. 10 vaisseaux tombés sous le vent n’étaient point à leur poste et formaient comme un second rang de vaisseaux en arrière de la ligne de bataille ; le Neptuno, le Scipion, l’Intrépide, le Rayo, le Formidable, le Duguay-Trouin, le Mont-Blanc, le San-Francisco d’Asis, le San-Augustin et le Héros composaient l’avant-garde et obéissaient aux signaux du contre-amiral Dumanoir. Les trois premiers vaisseaux du corps de bataille étaient groupés autour du Bucentaure ; la Santissima-Trinidad en avant de l’amiral, le Redoutable

  1. Le 13 août 1805, l’empereur écrivait à l’amiral Decrès : « Villeneuve verra dans mon calcul que je désire qu’il attaque toutes les fois qu’il est supérieur en nombre, ne comptant deux vaisseaux espagnols que pour un. » Nous en appelons aux souvenirs de tous les hommes de cette époque, aux souvenirs de nos ennemis eux-mêmes ; pourrait-on de bonne foi adopter une autre base pour établir la force respective des escadres qui allaient combattre ?
    L’escadre anglaise portait 2,148 canons
    L’escadre française portait 1,356 canons
    L’escadre espagnole portait 1,270 canons.
    La force réelle de la flotte combinée, d’après les calculs mêmes de l’empereur (calculs qu’on ne saurait malheureusement taxer de timidité), ne pouvait donc être évaluée au-dessus de 1,991 canons, 157 canons ou 2 vaisseaux de 80 de moins que la flotte anglaise. Plût à Dieu qu’en effet nous n’eussions eu à opposer à nos ennemis, dans cette terrible journée, que 25 vaisseaux tels que le Fougueux, le Pluton, l’Algésiras ou le Redoutable !