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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/198

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ronne sur la tête de la reine Isabelle. Lord Aberdeen et sir Robert Peel, qui sans doute ne trahissaient pas les intérêts de l’Angleterre, n’avaient pas songé à rompre cet accord dans les négociations relatives au mariage de la reine Isabelle et de sa sœur. Parce que lord Palmerston a eu d’autres pensées ou plutôt d’autres fantaisies, la France et l’Angleterre sont-elles brouillées d’une manière irréparable ? Il serait insensé de le prétendre, surtout à une époque où l’union des deux premiers gouvernemens constitutionnels n’aurait jamais été plus utile, plus nécessaire à la cause de la civilisation et de la liberté. En Europe, l’entente sincère de l’Angleterre et de la France exercerait une influence salutaire sur l’esprit des gouvernemens absolus ; elle leur inspirerait plus de respect pour les droits garantis par les traités. Dans le Nouveau-Monde, cette entente donnerait aux intérêts européens une force, une autorité que l’américanisme, dans sa sauvage indépendance, serait bien obligé de reconnaître. Qu’on regarde ce qui se passe sur les rives de la Plata. En ce moment même, l’honneur de l’Europe y fait une loi à l’Angleterre et à la France d’agir de concert pour négocier avec Rosas ou pour le combattre. Nous ne doutons pas qu’un moment viendra où les véritables intérêts de la politique parleront assez haut pour imposer silence à des irritations que rien ne motive, à des griefs sans fondemens sérieux ; mais il faut savoir attendre ce moment avec calme et dignité.

C’est en montrant une tranquille fermeté, c’est en sachant prendre son parti d’une situation qu’on est convenu d’appeler l’isolement, que le gouvernement français maintiendra son autorité en Europe. D’ardens adversaires lui reprochent de n’avoir aujourd’hui d’alliance intime avec aucune grande puissance. D’abord quels sont les gouvernemens qui s’appuient aujourd’hui sur des alliances sincères et positives ? Est-ce l’Angleterre ? Apparemment elle ne se croit pas avec la Russie sur le pied d’une étroite amitié, et elle sait avec quelle constance l’Allemagne se défend contre l’invasion de ses produits et de ses marchandises. Entre les trois puissances qui, dans ces derniers temps, se sont entendues pour accabler la petite république de Cracovie, il y a des causes permanentes de division. La Russie pèse sur l’Autriche et la Prusse ; elle les intimide et les domine, mais, tout en subissant cet ascendant, la Prusse et l’Autriche ne se dissimulent pas tout ce qu’elles ont à craindre de cette alliée si hautaine et si exigeante. Si M. de Metternich n’était pas si vieux, le cabinet de Vienne serait moins docile envers le czar, qui prétend exercer son influence sur tout ce qui est slave. Avec plus d’énergie et de persistance dans les idées, le roi de Prusse ne se préférait pas avec tant d’empressement à toutes les convenances du cabinet de Saint-Pétersbourg, et il n’indisposerait pas contre lui l’opinion de Berlin et de l’Allemagne. Où sont donc les alliances sincères et durables ? Si la France n’a en ce moment avec aucune des grandes puissances une étroite intimité, elle est au moins dans une situation franche et normale qu’elle peut accepter sans crainte. Sans être enfermée dans une île comme l’Angleterre, elle a une configuration géographique et une concentration politique qui lui permettent de vivre par ses propres forces. C’est toujours vers la France que les états de second et de troisième ordre se tournent naturellement. Ils comprennent qu’il y a là une puissance tutélaire capable de les protéger contre d’injustes entreprises. Depuis seize ans, la France ne s’est abandonnée ni à l’esprit de conquête ni à l’esprit de