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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/196

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à peine de la catastrophe qui est venue fondre sur Cracovie. On dirait que la France seule est atteinte et bravée par la résolution des trois puissances. Nous verrons si, en face de son pays et du parlement, lord Palmerston pourra continuer d’affecter la même indifférence. C’est la question d’Espagne qui a le privilège d’attirer toute son attention. Le ministre whig se propose de publier une grande masse de documens ; il ferait, dit-on, imprimer toutes les dépêches relatives aux affaires d’Espagne depuis quelques années. Le ministère français procéderait avec plus de sobriété. M. Guizot ne doit déposer, assure-t-on, sur le bureau des deux chambres que la correspondance diplomatique échangée entre les deux cabinets de Londres et de Paris depuis la notification des mariages de la reine d’Espagne et de sa sœur.

On a parlé de mésintelligence, de tiraillemens au sein du cabinet whig. Ces bruits n’ont à nos yeux ni valeur ni consistance. Lord Palmerston a, dans le ministère que préside lord John Russell, une situation qu’il ne peut perdre par le jeu de quelque intrigue. Les partis en Angleterre ne consentent pas facilement à se priver des services d’hommes considérables ; ils les acceptent et les gardent avec leurs inconvéniens et leurs qualités. Les esprits sérieux n’ont jamais pensé que lord Palmerston pût tomber seul. C’est vers la fin de 1847 que l’Angleterre portera son arrêt sur la durée du cabinet whig ; peut-être à cette époque sortira-t-il du rapprochement et de la transformation des partis un ministère de coalition dont sir Robert Peel sera encore la tête.

Nous n’avons jamais hésité à reconnaître dans lord Palmerston un homme d’état doué d’un talent remarquable ; aussi notre jugement sur sa politique à l’égard du fils de don Carlos n’en doit-il être que plus sévère. Lord Palmerston donne ici un bien grand démenti à ses partisans, qui le représentaient, depuis sa rentrée aux affaires, comme un modèle de circonspection et de prudence. À les entendre, on aurait plutôt à lui reprocher aujourd’hui une réserve excessive. Ses rapports avec le comte de Montemolin seraient-ils par hasard un exemple de cette réserve ? Quand le fils de don Carlos arriva à Londres, il fit connaître à lord Palmerston son vif désir d’avoir avec lui une entrevue. C’en fut assez pour que lord Palmerston s’empressât de faire une visite au prétendant. Aux questions du comte de Montemolin, qui s’informait de quel œil le gouvernement anglais verrait son séjour en Angleterre, le ministre whig répondit qu’il pouvait y demeurer en toute sécurité, en toute liberté. Quelques jours après, le comte de Montemolin visita à son tour lord Palmerston, et cette nouvelle entrevue dura plus de deux heures. Nous n’avons pas la prétention de savoir en détail ce qui s’est dit entre ces deux personnages ; mais cette longue conférence avait fort éveillé l’attention, et l’on n’a pas tardé à parler dans le monde diplomatique des singulières ouvertures que le ministre whig aurait faites au prétendant. Est-il vrai, par exemple, que lord Palmerston ait proposé au comte de Montemolin de reconnaître la reine Isabelle, et de retourner à Madrid reprendre son rang comme infant, comme membre de la famille royale ? Dans la pensée de lord Palmerston, le fils de don Carlos serait ainsi devenu promptement le centre, le chef d’un parti considérable ; il aurait exercé une grande action sur les cortès et aurait pu préparer le rétablissement de la loi salique. Cette proposition n’a pas souri au prétendant ; il l’a déclinée en répondant à lord Palmerston qu’il avait refusé mieux que cela. En effet, il y eut un