Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/175

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


a réuni en un seul corps et donné une garantie commune à plusieurs traités différens contractés entre elles par la plupart des puissances de l’Europe. Comment faut-il entendre cette garantie ? les puissances garantes n’ont-elles pas le droit de veiller au maintien des clauses qu’elles ont garanties par leur signature ? — Oui, répond le journaliste allemand, si les puissances contractantes ne sont pas d’accord entre elles ; mais, si elles se mettent d’accord pour modifier ou détruire ces traités, cela ne regarde plus en rien les puissances garantes. Vous êtes peut-être curieux de savoir ce qu’est au juste ce droit de garantie qui ne garantit rien ? La chancellerie autrichienne veut bien vous apprendre, par l’intermédiaire de je ne sais quelle autre feuille également censurée, que c’est là un simple enregistrement. Cependant vous avez encore quelques scrupules, et vous demandez si le petit état de Cracovie s’est mis, lui aussi, d’accord avec les trois grandes puissances pour sa suppression ? A quoi le journaliste, qui est aussi un grand jurisconsulte, vous répond sans hésitation : Il n’en avait pas le droit, car au moment du traité entre les puissances il n’existait pas. Voilà des réponses concluantes s’il en fut, et qui ferment la bouche. On pourrait se demander toutefois comment les petites puissances de l’Allemagne s’en accommoderont. Beaucoup d’entre elles n’existaient pas non plus au moment de la signature du congrès de Vienne, et se croyaient cependant assez assurées jusqu’à présent du maintien de leur nationalité. Cette confiance leur est désormais ôtée, autant qu’il dépend de M. de Metternich. Rien de plus clair, en effet, que les termes de la gazette allemande. « Que dirait la France si, pendant qu’elle s’entendrait avec l’Allemagne sur des arrangemens relatifs à ses frontières, la Russie ou l’Angleterre venaient y mettre leur opposition, attendu que ces arrangemens violeraient les traités signés par ces deux puissances ? » Et plus loin : « Du reste, nous attacherons d’autant moins d’importance à ces mots si souvent répétés : Maintenant les Français ne se regarderont plus liés par les traités, que cela ne change absolument rien à la chose, car ce ne sont ni les conventions de Paris ou de Vienne, ni le respect dû à la foi des traités qui ont imposé aux Français quelque réserve ; s’ils s’étaient sentis assez de force pour les briser, ils l’auraient déjà fait depuis long-temps, et nous ne les en aurions pas blâmés. » Ainsi voilà qui est bien entendu : si la France n’a pas violé les traités de Vienne, c’est qu’elle n’a pas osé ; si nous ne les violons pas aujourd’hui, c’est apparemment aussi parce que nous n’osons pas. Le jour où nous l’oserions et le pourrions faire, l’Autriche ne nous en blâmerait pas. A-t-on jamais montré un mépris plus résolu de toutes les notions du droit international ? a-t-on jamais proclamé plus nettement le règne exclusif de la force ? On comprend maintenant pourquoi la suppression de Cracovie n’a excité nulle part autant d’indignation que dans les rangs du parti conservateur français ; c’est lui qui est