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lié certainement par les engagemens de ses prédécesseurs, mais qui n’avait pas cependant suivi lui-même les phases de cette délicate négociation, et pouvait être, sans injustice, soupçonné de ne pas porter à la France des sentimens très bienveillans ? La prudence commandait à notre cabinet d’attendre et de sonder les dispositions du nouveau ministère anglais. Une occasion toute naturelle s’en présentait. Les fils de don Francisco étaient les seuls candidats à la maison de Bourbon qui fussent alors possibles. Notre chargé d’affaires à Londres eut mission de proposer à lord Palmerston de les présenter en commun à l’acceptation du gouvernement espagnol. Cette offre n’avait rien d’exclusif ; ce n’était pas abonder dans notre sens que de présenter deux candidats, dont l’un, l’infant don Henri, duc de Séville, était alors patemment hostile à notre influence en Espagne et notoirement porté par le parti progressiste, appuyé lui-même par l’Angleterre. La manière dont lord Palmerston accueillerait cette offre devait nous servir de pierre de touche pour juger de sa politique en Espagne. Cette politique ne pouvait déjà que trop se prévoir par une communication que le nouvel ambassadeur à Paris, lord Normanby, avait été chargé de nous faire de sa part. Cette communication consistait en un extrait des instructions adressées à M. Bulwer, à Madrid. Dans ces instructions, il était dit qu’il n’y avait plus que trois candidats possibles à la main de la reine, le prince de Cobourg et les deux fils de Francisco. Ces trois candidats, ajoutait la note, sont également acceptables pour l’Angleterre. Puis, comme si ce n’était pas assez de cette note où un prince de Cobourg figurait pour la première fois, et en première ligne, à titre de candidat présenté par l’Angleterre, arrivait à Paris la réponse à nos ouvertures d’action commune. Dans cette réponse, il était dit qu’un seul des deux candidats était convenable ; et lequel paraissait à lord Palmerston remplir seul cette condition et devoir être exclusivement présenté an choix de la reine ? C’était l’infant don Henri, duc de Séville, qui était alors à Bruxelles en rupture ouverte, presque à l’état de conspiration, contre le gouvernement de la reine. Les intentions de lord Palmerston étaient assez évidentes, on peut dire assez flagrantes. D’une part, le prince de Cobourg, le candidat que l’Angleterre ne devait jamais aider à mettre en avant pour la main de la reine, était inopinément produit d’une manière officielle par le secrétaire d’état de sa majesté britannique ; de l’autre, notre proposition était éludée. Des deux candidats que l’on déclarait acceptables dans les instructions envoyées à M. Bulwer, lord Palmerston ne voulait plus en proposer avec nous qu’un seul, celui-là même qui de toute évidence était impossible. On voit clairement où menait ce jeu. Le but était manifeste. Tous les candidats écartés, la cour de Madrid en devait venir forcément à choisir le prince de Cobourg.

Il faut le dire, le piège était trop apparent ; il ne pouvait tromper un cabinet tant soit peu prévoyant. Grace à Dieu, nous avions les moyens