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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1171

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le traitement, hebdomadaire alloué au secrétaire de Conciliation-Hall, et il n’y a guère plus d’orangistes qu’il n’y a de repealers. Le parti irlandais qui s’est formé au sein des chambres, en dehors de tous les antécédens, travaille uniquement à rétablir les ressources matérielles du pays. C’est là, de même, l’unique souci de tous ceux qui sont, en Angleterre, des hommes vraiment politiques. Le temps des récriminations est passé ; il importe moins de savoir sur qui l’on doit maintenant rejeter la responsabilité des désastres que de les réparer.

Nous croyons avec lord Brougham, avec M. Roëbuck, avec le Times, que les landlords irlandais ne font pas et n’ont jamais fait tout leur devoir vis-à-vis de leurs compatriotes indigens, mais nous savons aussi que l’Angleterre n’a pas toujours fait le sien vis-à-vis de l’Irlande entière, et nous pensons avec lord John Russell, avec sir Robert Peel, avec le Morning Chronicle, que le moment est mal choisi pour exaspérer l’opinion. L’opinion s’est du reste nettement prononcée sur un point d’une incontestable gravité ; elle a reconnu comme maxime d’ordre public que, si la propriété avait ses droits, elle avait aussi ses devoirs. C’est au nom de cette maxime qu’on a rendu obligatoire la mise en valeur des terres incultes ; c’est encore sous son influence qu’on remanie aujourd’hui la loi des pauvres. On sait qu’en Angleterre, jusqu’à la loi de 1834, le pauvre avait le droit de se faire apporter dans son domicile les secours qui lui étaient accordés par la paroisse : tout ce qu’a fait la loi de 1834, ç’a été de remettre les secours à domicile au jugement des dispensateurs de la charité ; le pauvre ne peut plus les exiger, il peut toujours les obtenir. La loi de 1838, qui a fondé le système en Irlande, l’a fondé sur un principe tout contraire ; elle a renfermé sans exception dans l’enceinte du work-house quiconque invoque l’assistance publique, elle a exclu complètement l’assistance donnée en dehors de cette prison, souvent plus redoutable pour l’affamé que la faim elle-même ; elle a interdit l’out-door relief. Ce principe est renversé par les dispositions nouvelles de la loi de lord John Russell ; l’out-door relief, ou secours à l’extérieur, est autorisé, mais en droit plutôt il est vrai qu’en fait, et l’on exige qu’il y ait famine générale pour que la charité légale aille chercher sous leur toit les personnes valides.

L’assimilation entre le pauvre irlandais et le pauvre anglais deviendrait encore plus complète, si l’amendement de lord Stanley n’arrête pas un article du bill qui accorde les secours à ceux mêmes que l’on saurait occuper le sol et posséder une tenure. La petite culture est si peu répandue en Angleterre, la grande absorbe si complètement tous les bras, que le pauvre cottager n’a jamais imaginé qu’il puisse réussir à vivre en exploitant le coin de terre où est bâtie sa maison. Les charités de la paroisse complètent les ressources qu’il trouve dans la location de son travail. En Irlande, où l’industrie agricole est trop restreinte pour employer beaucoup d’ouvriers à gages, où le sol est morcelé à l’infini, où « le paysan passe une moitié de l’année à planter ses pommes de terre et l’autre à les voir pousser ; » en Irlande, il est fort à craindre que des charités ainsi réparties viennent seulement favoriser une existence oisive et stérile dont le tenancier, se contente déjà, dont il se contenterait bien mieux encore, pour peu qu’il fût plus assuré d’avoir toujours sa maigre pitance. La majorité des misérables étant cependant assise sur le sol par la possession précaire d’un acre ou d’un demi-acre, les priver rigoureusement, en temps de famine, de l’out-door relief, ce serait les condamner à périr ; malgré la justesse des observations de