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de leur faire parvenir à temps. Sa sollicitude allait plus loin encore les commandans des forces navales anglaises dans la Méditerranée recevaient de lui, à défaut de directions précises qu’il n’était pas autorisé à leur donner, des avis et des renseignemens qui leur en tenaient lieu jusqu’à un certain point [1].

Plus d’une fois il put se flatter de l’espérance que tant de soins et de travaux ne seraient pas perdus, et que l’Autriche, s’interposant à propos, ferait pencher la balance en faveur de la coalition. Avant la bataille d’Iéna, le cabinet de Vienne, malgré les sujets de mécontentement que la Prusse lui avait donnés en refusant l’année précédente de lui venir en aide contre la France, malgré la défiance que lui inspirait encore sa politique, avait laissé voir quelque disposition à la secourir ; déjà il ordonnait des armemens sous prétexte de protéger sa frontière menacée par le voisinage du théâtre des hostilités. La nouvelle de la destruction de l’armée prussienne mit fin à ces velléités encore bien peu prononcées, et la cour impériale consternée ne pensa plus qu’à détourner par ses explications les soupçons et le courroux du vainqueur. Quelques mois après, lorsque Napoléon, poursuivant les débris des forces prussiennes, se trouva engagé, en face des forces russes, au milieu d’un hiver rigoureux, dans les déserts de la Pologne ; lorsque les batailles sanglantes et peu décisives de Pultusk et d’Eylau parurent faire chanceler sa fortune, lorsque déjà tout le monde autour de lui, accusant sa témérité, se livrait à de sinistres présages, l’Autriche sembla de nouveau vouloir sortir de son immobilité. L’occasion était belle. En portant ses nombreuses légions sur les derrières de l’armée française, qui déjà avait quelque peine à tenir tête aux Russes, le cabinet de Vienne pouvait enlever à Napoléon ses communications avec la France et le placer dans une situation dont il ne serait pas sorti sans difficultés ; mais un coup aussi hardi, et qui exigeait une résolution instantanée, n’allait pas aux habitudes de la politique autrichienne et surtout se conciliait mal avec les dissentimens auxquels était livrée la cour impériale. Les partisans de la guerre, n’étant pas en mesure de faire prévaloir immédiatement leur opinion, essayèrent de gagner du temps, comptant mettre à profit tous les incidens qui leur fourniraient des argumens contre les objections de leurs adversaires. Ils espéraient que, si les coalisés parvenaient à faire durer encore la lutte pendant quelques mois sans éprouver de revers sérieux, on pourrait enfin déterminer l’empereur François à unir ses armes aux leurs. M. de Stadion fit engager la Russie et la Prusse à ne pas se hâter de conclure la paix, et la cour de Vienne, pour empêcher en effet qu’on ne s’arrangeât

  1. On trouve même dans ce recueil une dépêche remarquable écrite par sir Robert Adair au gouverneur-général de l’Inde pour l’informer de l’état de l’Europe après le de Titsitt.