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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1125

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Lord J. Kysington, fatigué des émotions de la journée, nous renvoya de son cabinet. Il resta seul toute la soirée.

Le lendemain, après une nuit agitée, quand je descendis chez lord J. Kysington, toute sa famille était déjà réunie autour de lui ; lady Mary tenait le petit William sur ses genoux : c’était le tigre qui tenait sa proie.

— Le bel enfant, disait-elle, regardez, milord, ces soyeux cheveux blonds ! comme le soleil les rend brillans !… Mais, chère Eva, est-ce que votre fils est toujours aussi taciturne ? Il n’a pas le mouvement, la gaieté de son âge.

— Il est toujours triste, répondit Mme Meredith. Hélas ! près de moi, il ne pouvait apprendre à rire !

— Nous tâcherons de l’amuser, de l’égayer, reprit lady Mary. Allons, cher enfant, embrasse ton grand-père ! tends-lui les bras et dis-lui que tu l’aimes.

William ne bougea pas.

— Ne sais-tu pas comment on embrasse ? Harry, mon ami, embrassez votre oncle, et donnez un bon exemple à votre cousin.

Harry s’élança sur les genoux de lord J. Kysington, lui passa les deux bras autour du cou, et dit :

— Je vous aime, mon oncle !

— A votre tour, mon cher William, reprit lady Mary.

William resta immobile, sans même lever les yeux vers son grand-père.

Une larme roula sur les joues d’Eva Meredith.

— C’est ma faute, dit-elle, j’ai mal élevé mon enfant !

Et ayant pris William sur ses genoux, les pleurs qui s’étaient échappés de ses yeux tombèrent sur le front de son fils ; il ne les sentit pas et s’endormit sur le cœur oppressé de sa mère.

— Tâchez, dit lord J. Kysington à sa belle-fille, que William devienne moins sauvage.

— Je tâcherai, répondit Eva avec ce ton d’enfant soumis que je lui connaissais depuis long-temps, je tâcherai, et peut-être réussirai-je, si lady Mary veut avec bonté me dire ce qu’elle a fait pour rendre son fils si heureux et si gai.

Puis la mère désolée regarda Harry ; qui jouait près du fauteuil de lord J. Kysington, et son regard retomba sur son pauvre enfant endormi.

— Il a souffert même avant de naître, murmura-t-elle ; nous avons tous deux été bien malheureux ; mais je vais essayer de ne plus pleurer pour que William soit gai comme les autres enfans.

Deux jours s’écoulèrent, deux jours pénibles, pleins de troubles cachés, pleins d’une morne inquiétude. Le front de lord J. Kysington était