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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1095

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la littérature ; nous espérions que d’autres occasions s’offriraient à nous de contribuer à un rapprochement qui promettait d’être fécond. Notre attente n’a pas été tout-à-fait trompée, et, plus d’une fois, de précieux tributs sont venus, de ce côté, enrichir notre recueil. Aujourd’hui encore, un volume, tiré à cinquante ou soixante exemplaires pour un petit cercle d’amis, et que la haute société se dispute sans pouvoir satisfaire sa curiosité, nous permet d’arracher un nouveau filon à une mine qui ne s’épuisera pas, nous l’espérons. On ne nous blâmera point d’enlever ce volume à l’ombre, qui déjà ne le cache plus qu’à demi. Les lecteurs de la Revue nous sauront gré de partager avec eux quelques-unes des émotions à la fois élevées et douces que nous venons d’éprouver. Après tout, il est, dans l’ordre littéraire, des larcins qui ressemblent fort à des restitutions. Respecter scrupuleusement certaines confidences réservées à un petit nombre d’élus, ne serait-ce pas condamner à l’oubli trop de pages fines et délicates ? Un hasard heureux a fait tomber entre nos mains le nouveau recueil de l’auteur de Résignation, et l’aimable écrivain voudra bien nous pardonner de faire, en quelque sorte, violence à sa modestie, en donnant dans toute son étendue son premier récit.




LE MEDECIN DU VILLAGE


« Mon Dieu ! qu’est ceci ? » s’écrièrent à la fois plusieurs personnes qui se trouvaient réunies dans la salle à manger du château de Burcy.

La comtesse de Moncar venait d’hériter, par la mort d’un oncle fort éloigné et fort peu pleuré, d’un vieux château qu’elle ne connaissait pas, quoiqu’il fût à peine à quinze lieues de la terre qu’elle habitait l’été. Mme de Moncar, une des plus élégantes et presque une des plus jolies femmes de paris, aimait médiocrement la campagne. Quittant Paris à la fin de juin, y revenant au commencement d’octobre, elle entraînait chez elle, dans le Morvan, quelques-unes des compagnes de ses plaisirs de l’hiver, et quelques jeunes gens choisis parmi ses danseurs les plus assidus. Mme de Moncar était mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle, et qui ne la protégeait pas toujours par sa présence. Sans trop abuser de sa grande liberté, elle était gracieusement coquette, élégamment futile, heureuse de peu de chose, d’un compliment, d’un mot aimable, d’un succès d’une heure, aimant le bal pour