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à main armée des pays qui l’environnent. Bien loin d’être redoutable pour les gouvernemens monarchiques, le spectacle de tant d’agitations stériles et de passions impuissantes semble devoir à la longue inspirer une commisération dédaigneuse plutôt que des sympathies républicaines. L’intérêt de l’Europe s’oppose néanmoins à ce qu’on fasse durer une si triste expérience. Il importe à tous les états que la Suisse vire, qu’elle se relève, qu’elle regagne le respect de ses voisins. Seule, ou presque seule maintenant, elle représente dans le vieux monde cette antique et noble forme de gouvernement qui s’est associée jadis à la manifestation d’un si haut génie, à la pratique de si glorieuses vertus. Le principe monarchique, entouré par nous d’une considération réfléchie (préférable pour lui peut-être à l’enthousiasme vague et au culte contesté dont il était l’objet sous l’ancien régime), le principe monarchique a lui-même besoin d’un contrepoids présent et sensible, qui, en lui imposant la prudence et la modération, le protège contre cette décadence qui naît trop souvent, l’histoire nous l’atteste, d’une domination sans limites. La Suisse a fourni trop de noms illustres, trop de faits honorables aux annales du moyen-âge et des temps modernes, pour que maintenant l’Europe ne lui accorde pas en retour le respect de ses droits, l’intérêt pour ses souffrances, la patience envers ses erreurs. Tel est en particulier le devoir de notre pays, où les obligations généreuses se comprennent par instinct et se pratiquent par enthousiasme. Et nous le disons avec confiance en finissant : tout ce qui se trouvera convenir à la sécurité de la Suisse, à sa dignité, à son bonheur, satisfera parfaitement les intérêts de la France.


ADOLPHE DE CIRCOURT.