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et Glaris, avec Bâle-Campagne et les rhodes extérieures d’Appenzell [1]. Les deux partis étant balancés parfaitement dans le grand conseil de Saint-Gall (75 contre 75), cet état ne donna pas d’instruction à son mandataire. Ainsi qu’il était arrivé précédemment pour toutes les questions vraiment graves, la diète se sépara sans rien conclure. Pour former contre le Sonderbund la majorité de douze voix, nécessaire afin d’exprimer la volonté légale de la confédération, il devenait donc évidemment nécessaire de détacher du faisceau de la résistance au moins trois états. Aussitôt les efforts du parti radical se concentrèrent sur ceux où ses chefs pouvaient espérer de susciter des révolutions intérieures c’étaient Saint-Gall, Bâle-Ville et Genève. L’orage éclata d’abord dans cette dernière république.

Le conseil d’état, ayant à préparer les instructions du député qui porterait à la diète prochaine le vœu du canton sur la question du pacte séparé, pensa qu’il convenait d’essayer encore la voie des représentations pacifiques ; considérant en même temps que le nouveau vorort ne donnait plus aux cantons catholiques de suffisantes garanties d’équité, le conseil d’état proposa aussi d’adjoindre à Berne des représentans fédéraux pendant le cours de sa gestion directoriale. Le grand conseil, auquel fut soumis ce projet d’une loyauté imprudente vu l’état des esprits, l’adopta néanmoins à une grande majorité : telle était en effet la décision de la conscience publique rendue par la portion la plus considérable des citoyens. Mais Genève renferme dans ses murs une population de tout temps factieuse, qui nourrit contre les classes supérieures de la société les sentimens d’une incurable jalousie ; il ne fut pas difficile de l’irriter contre des propositions dont l’équité scrupuleuse semblait faire pencher en faveur des jésuites la voix d’un état qui, aux yeux du monde et depuis trois cents ans, représente le protestantisme absolu. Favorisés par leur concentration dans un quartier de la ville que le fleuve et les remparts isolent comme une forteresse, les insurgés ne laissèrent au gouvernement d’autre alternative que de se dissoudre lui-même ou de les détruire : ils savaient bien qu’on ne prendrait jamais ce dernier parti. Au bout d’une lutte de deux journées, dans laquelle il y eut fort peu de victimes, l’assemblée factieuse du 9 octobre 1846 changea complètement le gouvernement de l’état ; elle en exclut à peu près tous les hommes qui avaient une connaissance pratique des affaires, et qui, depuis 1830, servaient leur patrie à travers toutes les fatigues et tous les dégoûts. Une assemblée constituante, nommée par des assemblées primaires sous l’impression des violences qui venaient de se passer, a maintenant terminé le projet d’une nouvelle loi fondamentale.

  1. C’est le nom local du demi-canton protestant. Les rhodes intérieures sont le demi-canton catholique.