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les communes. Mais la nouvelle constitution porta les mêmes fruits que la précédente : comme le vœu réel de la population s’y faisait également entendre, un conseil moins nombreux, un corps de magistrats plus généralement choisis dans les familles de récente notoriété, n’en persévérèrent pas moins dans la ligne de modération judicieuse que leur traçaient des exemples restés chers à tous les vrais citoyens.

Entre les couvens de femmes qui avaient existé dans les anciens bailliages libres, le gouvernement d’Argovie n’avait en définitive voulu rétablir que celui d’Hermetschwyl. Toutefois, la diète (à la majorité simple des voix, il est vrai) se déclara satisfaite, et laissa cette affaire sortir du recès le 31 août 1843. Lucerne, Schwytz, Uri, Unterwalden, Fribourg et Zug protestèrent contre ce déni de justice. Une septième voix ne tarda guère à se joindre à cette minorité imposante : ce fut celle du Valais. Effectivement le parti catholique (ou, si l’on veut, clérical), sortant de l’apathie où il avait été plongé depuis les événemens de 1830, commençait à mesurer ses forces, à calculer ses moyens d’action. Il obéissait désormais à une direction commune. Ce parti sut rattacher à sa cause la grande majorité des paysans qui avaient appuyé le régime révolutionnaire victorieux en 1839 ; quant aux dizains du Haut-Valais, ils n’avaient pas cessé d’être dévoués au clergé et n’attendaient qu’un signal pour attaquer des adversaires désormais déconcertés et chancelans. Du 18 au 21 mai, on combattit dans les gorges des Alpes, autour du torrent de Trient, non loin du champ sanctifié par le martyre de la légion thébéenne. Les Haut-Valaisans, vainqueurs, usèrent sans ménagement de leurs avantages. Les chefs de la jeune Suisse furent bannis ; l’exercice, même domestique, de la religion protestante fut interdit dans le canton ; la constitution, refondue au mois de décembre 1844, rendit, au moins indirectement, à l’évêque et aux ecclésiastiques de tout rang l’influence qu’ils exerçaient jadis, et, chose qui surprend dans la Suisse actuelle, le vœu impérieux des communes porta quelques hommes d’une naissance illustre aux premières magistratures du pays.

Les rigueurs que cette réaction avait entraînées furent mises par l’opinion publique à la charge des jésuites. En effet, quelques pères de cette compagnie se trouvaient définitivement installés à Lucerne, où, par une décision du grand conseil, l’éducation du clergé leur était officiellement dévolue. Aucune question, dans le canton directeur de la Suisse catholique, n’avait encore soulevé d’aussi longs débats. La compagnie n’avait triomphé qu’en entraînant le clergé séculier dans ses intérêts, qu’elle présentait habilement comme inséparables de ceux de la religion même. L’ascendant des curés, fort aimés et respectés par les populations rurales, avait à la fin dompté les répugnances des citadins, et les jésuites, croyant la cause du patriciat à jamais perdue, s’étaient