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tacite continuée jusqu’à nos jours, ses rivales lui ont habituellement laissé prendre le rôle apparent de capitale du pays.

La région des Alpes adossée au Valais et à la Haute-Rhétie comprend l’Oberland bernois, les trois cantons forestiers ou primitifs, Schwytz, Uri et Unterwalden, ceux de Zug, de Glaris et d’Appenzell., enfin les districts méridionaux de celui de Saint-Gall. Bien que les limites que nous venons d’indiquer ne renferment guère qu’un huitième de la population totale de la Suisse, cependant les vallées des Alpes et la race énergique, simple, persévérante, qui les habite, sont communément regardées comme le type de la véritable Helvétie, et ce n’est pas sans de sérieuses raisons. En effet, le berceau de la liberté suisse est devenu le dernier refuge de son indépendance, quand les contrées, comparativement riches et populeuses, qui s’agrégèrent plus tard à la confédération pliaient sous des agressions formidables ; l’esprit entreprenant, résolu, modéré, pourtant et capable du dévouement le plus héroïque, l’esprit qui a porté si haut la valeur morale de ce pays, s’est retrouvé dans sa grandeur et son énergie primitives chaque fois que la patrie de Tell et de Nicolas de Flüe a été heurtée par de grands événemens.

Le sénat de Berne a, dans la première moitié du XVIe siècle, introduit, et non sans violence, la réformation dans les vallées classiques de son Oberland ; la même cause a, par la volonté plus libre des populations, triomphé dans la portion principale des cantons d’Appenzell et de Glaris. Les districts sauvages qui bordent le lac de Wallenstadt, et que la répartition moderne du sol helvétique assigne au canton de Saint-Gall, sont mixtes sous le rapport des communions ; mais Schwytz et ses deux républiques sœurs avec Zug et le tour entier du lac des Waldstetten n’ont admis aucune modification au culte des aïeux, et les anciennes générations y revivent presque tout entières dans les générations nouvelles. Le temps, qui a bouleversé tant de contrées, n’a fait encore qu’effleurer légèrement celle-ci.


II.

Telle est par races, idiomes, souverainetés politiques et communions religieuses, la division actuelle du territoire suisse. L’origine de ce nom remonte aux premières années du XIVe siècle. Jusqu’à cette époque, les destinées des contrées qui composent actuellement la Suisse ne s’étaient point encore dégagées de celles des grandes régions dont elle est environnée, et qui formaient jadis les royaumes de Germanie, d’Arles et d’Italie. La domination romaine avait étendu sur tout le domaine actuel de la confédération les bienfaits de la civilisation matérielle, de l’ordre administratif et de la culture littéraire ; à l’aide de ces trois puissans leviers, la religion chrétienne y pénétra au IVe siècle, et la souveraineté