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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/103

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des communes ; mais, ami intime et parent de Fox, étroitement lié avec d’autres membres éminens du parti whig, il fut appelé par leur confiance à des emplois diplomatiques d’une grande importance aux diverses époques où ils ont possédé le pouvoir. A Vienne même, en 1806 et 1807, et un peu plus tard à Constantinople, il eut à soutenir les intérêts de la politique anglaise contre la puissance alors exorbitante de la France. Chacune de ces deux missions lui a fourni la matière d’un livre vraiment curieux. C’est du premier et du plus important que je veux m’occuper.

Ce livre ne forme pas un ensemble régulier ; il se compose de deux parties très distinctes. La correspondance de sir Robert Adair avec le Foreigh Office, avec plusieurs envoyés ou agens anglais, et avec le cabinet de Vienne, en est bien le fonds principal ; mais ce recueil de dépêches est précédé et suivi de deux mémoires ou dissertations dont je dois d’abord indiquer l’objet et la substance, parce qu’ils jettent beaucoup de jour sur la pensée qui a présidé à la publication tout entière. Le but que s’y est proposé sir Robert Adair, c’est la rectification des opinions assez généralement accréditées sur la politique extérieure de Fox et de ses amis. On s’est habitué à considérer cette politique comme favorable à l’existence et au développement du système révolutionnaire français et même comme portée à tolérer les envahissemens de l’ambition napoléonienne. On s’est plu à montrer l’illustre chef des whigs dominé, subjugué en quelque sorte par l’admiration que lui inspirait le génie de Napoléon, et s’empressant, aussitôt que la mort de Pitt eut fait passer le pouvoir entre ses mains, d’ouvrir avec le cabinet de Tuileries des négociations qui eussent certainement abouti à un traité de paix si lui-même il n’eût bientôt cessé de vivre. Et ce n’est pas seulement l’ignorance des contemporains, encore mal instruits des faits et trompés ou aveuglés par l’esprit de parti, qui a ainsi dénaturé une phase aussi essentielle de la grande lutte engagée entre la révolution française et l’Europe : long-temps après, lorsque déjà assez de documens avaient été mis au jour pour qu’il fût aisé de se rendre compte de la vérité, lorsqu’il semblait que les préventions et les haines qui avaient pu la voiler eussent eu le temps de s’amortir, on a vu encore des écrivains distingués, des hommes en qui l’expérience des affaires était unie à l’intelligence et au savoir, reproduire plus ou moins complètement ces vulgaires erreurs. Pour ne citer que deux des plus éminens, M. Bignon, M. de Genz, bien que placés à deux points de vue absolument opposés, se sont, au moins à beaucoup d’égards, accordés à présenter sous cet aspect la conduite et les principes de Fox, avec cette différence cependant que l’un a prétendu lui en faire un mérite, tandis que l’autre y a trouvé contre lui le motif de graves inculpations.

Egalement blessé de ces éloges et de ces censures, sir Robert Adair a entrepris de démontrer qu’ils ne reposaient sur aucun fondement