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Page:Revue des Deux Mondes - 1847 - tome 17.djvu/1022

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surtout, et en termes magnifiques, de la victoire légale que l’on venait de remporter sur les Turopoliens, et l’on arrêta que dès le lendemain on s’occuperait des projets à soumettre à l’empereur d’Autriche, roi de Hongrie, pour la réorganisation de la congrégation et pour le progrès de la nationalité illyrienne. On se sépara ensuite au milieu des expressions d’une joie éclatante et toute juvénile.


III.

L’hospitalité est une vertu commune à tout l’Orient, et l’Orient commence aux frontières occidentales de la Hongrie. Je ne cherchais à Agram que de la bienveillance, je trouvai de l’empressement et de l’amitié. En peu de jours, sans me remuer beaucoup, j’eus sous les yeux tous les renseignemens qui pouvaient m’éclairer sur les affaires de l’Illyrie, et, ce qui vaut mieux, l’explication m’en fut donnée par ceux-là même qui ont eu l’avantage précieux d’y jouer les principaux rôles.

Je suivais d’ailleurs avec assiduité les débats quotidiens de la congrégation, et, comme tous les orateurs s’exprimaient en latin, à l’exception du lettré Kukulewicz, je perdais seulement quelques discours que je retrouvais plus tard traduits en allemand dans la Gazette d’Agram. Sans doute, l’assemblée gardait une grande réserve, et il y avait loin de son langage au langage et surtout aux intentions du pays ; mais, pour un corps politique dont l’existence était si faiblement assise, oser ce qu’elle osait, c’était le symptôme de bien des éventualités graves, et le sous-entendu n’en devenait que plus intelligible.

Voici d’abord les vœux formulés par la congrégation d’Agram : elle demandait à l’empereur et roi les moyens légaux de compter désormais comme institution régulière et comme représentation réelle et efficace des deux royaumes de Croatie et de Slavonie ; en d’autres termes, elle réclamait, à peu de chose près, une administration indépendante de l’administration centrale de Hongrie. Elle exprimait aussi le désir que le siège épiscopal de la Croatie catholique fût transformé en archevêché, pour relever d’autant la condition du royaume ; enfin elle rappelait à l’empereur que la Dalmatie, cette belle province, que Zara et l’antique Raguse, ces deux perles de l’Adriatique, appartiennent nominalement au royaume de Croatie, et disait qu’il serait simple et juste de les y rattacher par le fait. Voilà quel était le langage de la congrégation.

L’Autriche se hâta d’y répondre par de bons procédés envers les chefs du parti illyrien ; elle donna aux militaires de l’avancement, aux avocats des fonctions judiciaires, à tous de belles promesses ; enfin elle destitua le comte Haller, que les fusillades des dernières élections avaient rendu impopulaire, et elle mit provisoirement en sa place l’évêque