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jeté à la face de toutes nos institutions, c’est un appel aux blancs contre les bleus. Il n’y a là, dira-t-on, que du ridicule ; est-ce parce que c’est du ridicule que vous le récompensez ? Je cite les dernières paroles de M. de Courson, qui n’a jamais été plus en verve qu’à cet endroit-là : « Catholiques de la vieille terre des Gwrwand, des Morvan, des Nominoë, des Pontcalec, des Charette et des Cadoudal, descendans des vieux ligueurs de Mercœur, des bourgeois de Saint-Malo, et des paysans dont le sang héroïque a rougi tant de fois les landes du Morbihan et de la Vendée ! ah ! soyons toujours les dignes fils de nos ancêtres ! Dieu et la liberté ! Les jours mauvais ne sont pas encore épuisés… Naguère soixante mille citoyens de l’Armorique réclamaient avec énergie la liberté de la famille et de l’éducation. Cette manifestation est significative… C’est en vain désormais que les impérialistes révolutionnaires tenteraient d’emboîter ce peuple dans l’ornière sanglante tracée par les Danton et les Robespierre, comme on emboîte un wagon sur les rails d’un chemin de fer. L’énergie des Bretons ferait bientôt voler en éclats et la machine et ses imprudens directeurs. Bretons de l’Armorique, relisez avec respect l’histoire de vos pères, relisez-la pour apprendre à résister aux despotes, quels qu’ils soient. Comme vos pères, soyez fidèles au malheur et dévoués sans espoir de récompense ; mais, comme vos pères aussi, restez toujours debout. »

Quand ces pauvres chouans de 93 vinrent demander à la restauration le prix de leurs vieux services, elle les renvoya sans pain dans leurs chaumières en ruines. Les chouans d’aujourd’hui nous font la guerre avec des phrases qui voudraient bien porter aussi loin que des balles ; mais, nous autres, nous sommes des magnanimes et des magnifiques : nous leur donnons pour leur peine des couronnes et des places, et moi qui d’aventure ne puis me décider à trouver cela beau, par ce temps de complaisances politiques et de critique complaisante, je vais passer assurément pour un très petit esprit, sinon pour un assez méchant caractère.


ALEXANDRE THOMAS.