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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/961

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ce sont les amis de M. Moron qui ont en main le pouvoir : persisteront-ils dans l’indifférence qu’il a si amèrement reprochée à MM. d’Ofalia, Pérès de Castro et Calatrava ?

Les antiquités proprement dites, les études d’archéologie, de numismatique, sont tout-à-fait négligées dans la Péninsule, bien qu’il se soit formé à Madrid une société d’antiquaires qui entretient de nombreuses correspondances à Paris et à Londres. Cela est fort étrange dans un pays où les plus puissantes civilisations ont laissé des ruines si pittoresques et de si beaux monumens. Nous ne pouvons accepter comme une œuvre sérieuse un livre qui vient de se publier à Barcelone sur les châteaux, les palais, les monastères et les cathédrales de l’Aragon et de la Catalogne ; c’est plutôt une spéculation comme il s’en est tant fait en France depuis que l’art est sacrifié à l’illustration. Les études de philologie n’y prospèrent pas davantage : l’académie de Madrid n’est pas plus en état de conserver la vieille langue que de coordonner les élémens de l’histoire nationale. Un seul homme de talent, don Carlos-Buenaventura Aribau, s’était occupé de recherches philologiques ; mais, nous l’avons dit, M. Aribau rédige le journal politique le Corresponsal, qui a pris une si large part aux polémiques de ces derniers temps : le publiciste pourrait-il nous dire où en est aujourd’hui le savant ?

Il ne convient pas du reste d’insister trop long-temps sur la décadence de l’archéologie ou de la philologie en Espagne, quand on songe à l’anéantissement presque absolu où se trouve réduite une étude plus importante, celle des sciences exactes et des sciences naturelles. Nous concevons parfaitement que l’étude de ces sciences n’ait pu se maintenir dans les universités d’Alcala, de Cervera, de Valladolid, de Salamanque, non plus que l’étude autrefois si florissante de la théologie, de la médecine et de la jurisprudence ; l’abaissement des universités est si complet aujourd’hui, qu’elles n’ont pour la plupart qu’une existence officielle ; dans les journaux et à la tribune, on parle indifféremment, soit de les supprimer, soit d’en réduire le nombre, ou bien encore de les transférer de telle ville à telle autre, sans que les populations y prennent le moindre intérêt. Comment les fondateurs de l’Athénée de Madrid et des lycées de province, qui ont tant fait déjà pour la législation, la philosophie et les lettres, n’ont-ils pas sérieusement essayé aussi de relever les sciences ? L’observatoire astronomique de Madrid est le seul établissement scientifique qui ait conservé un certain renom, et encore ne le doit-il qu’aux travaux d’un seul homme, de son directeur, don José Sanchez Cerquero, qui depuis dix ans est à grand’peine parvenu à former quelques élèves. Nous savons bien que rien n’est plus antipathique au génie de l’Espagne que les observations et les recherches minutieuses de la physique, de la chimie, de l’astronomie, des mathématiques ; mais le moment est venu de surmonter une telle répugnance. Il est tout-à-fait indispensable, si l’on veut régler et assurer le mouvement ascendant de la prospérité publique, que la science seconde les développemens immenses que les intérêts matériels sont à la veille de prendre, dans quelques parties de l’Espagne