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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/918

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a eu le bon esprit de circonscrire le champ de cette discussion, qui, en dehors des affaires de la Plata, si subitement introduites à la tribune avec un talent si merveilleux, n’a guère roulé que sur la Chine, l’Océanie et la Syrie.

Nous avons vu avec quelque regret le magnifique talent de M. Berryer principalement employé à ranimer l’attention publique sur la prise de possession de la Nouvelle-Zélande par l’Angleterre et sur l’abandon de la souveraineté de la France dans l’île du Sud. Nous nions assurément moins que personne ce qu’il y a de fondé dans ces griefs et de regrettable dans ces faits, si malheureusement consommés. Plus d’une fois nous avons appelé l’attention distraite du pays sur ces intérêts lointains et trop peu connus. Nous avons constaté, avant que l’exposé de cette affaire fût porté à la tribune, que la prise de possession opérée par la déclaration des mois de mai et de juin 1840, au nom de la Grande-Bretagne, était purement fictive, et qu’à moins de revenir au droit public du XVe siècle, si heureusement évoqué par une spirituelle interruption, il était impossible de prendre au sérieux l’acte du capitaine Hobson. La déclaration de cet officier n’était évidemment valable que pour le lieu même où elle avait été faite, pour l’étendue de côtes qu’il était en mesure de protéger et de défendre. Malheureusement, c’est sur ce point même qu’abordèrent les colons français ; ils ne surent pas aller chercher plus loin une terre inoccupée, que la vaste étendue de ce fertile territoire leur aurait si facilement présentée. On comprend dès-lors la réponse de M. le ministre des affaires étrangères, surtout lorsque, pour le besoin de sa cause, il s’est trouvé tout à coup amené à déclarer solennellement que la question de souveraineté n’était vidée que pour la baie d’Akaroa, et qu’elle conservait sa force entière pour tous les autres points de la grande terre du Sud.

Nous doutons fort que cette distinction improvisée soit agréée à Londres ; mais elle était devenue si nécessaire à l’argumentation de M. Guizot, et elle aura d’ailleurs si peu d’inconvéniens pratiques, que lord Cowley ne s’en inquiétera guère à Paris, et que sir Robert Peel s’en alarmera bien moins encore. Le maintien du cabinet français est en ce moment pour le ministère anglais un intérêt d’un ordre fort supérieur à celui-là. Nous ne sommes plus d’ailleurs aux temps où l’on se brouillait pour des principes et des théories générales du droit des gens. Les Anglais sont à la Nouvelle-Zélande et savent fort bien qu’ils y resteront. Cette certitude leur permettra de ne pas attacher une grande importance à la réserve faite d’une manière très inopinée par M. le ministre des affaires étrangères.

Toute grave que soit cette affaire, elle ne pouvait saisir vivement la chambre : elle a été couverte par un silence de plusieurs années ; les intérêts français créés dans ce beau pays ont à peu près disparu. Il n’en est pas de la presqu’île de Banks comme des ports de Taïti et des Marquises. A la Nouvelle-Zélande, le pavillon tricolore a cessé de flotter, et le parlement ne se trouve pas directement saisi de la question par des allocations annuelles au