Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/917

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cette imprudente manifestation, M. Guizot s’est créé des embarras dont il est permis de croire qu’il n’a pas tout d’abord soupçonné la portée. Le clergé est bien loin d’ailleurs d’être favorable au projet que le cabinet a laissé entrevoir, et, dans la disposition actuelle des esprits, le gouvernement aurait grand’peine à trouver assez d’évêques de bonne volonté pour remplir le banc qu’il regrette, ce semble, de ne pouvoir encore installer. Le clergé est animé d’espérances plus vives et poursuit un but plus sérieux. Il faudrait ne pas croire à la conscience humaine, pour penser qu’il pourra s’en laisser détourner par de vaines prérogatives qui seraient aujourd’hui pour lui sans nulle utilité, et qui lui imposeraient forcément une solidarité politique qu’il a un intérêt manifeste à décliner.

Quoi qu’il en soit, il est aujourd’hui décidé, après d’assez longues hésitations, que la loi sera portée à la chambre élective au commencement de la semaine prochaine. On n’espère pas la faire arriver à l’état de rapport dans le cours d’une session dont le terme approche ; mais on tient à constater authentiquement la pensée et l’intention très arrêtées du cabinet. On dit que M. Villemain a déterminé cette résolution par la menace d’une démission qui deviendrait la source d’embarras nouveaux. Durant la session prochaine, la question ministérielle se trouvera inévitablement engagée sur les principales dispositions de ce projet. Mieux vaut, pour une administration qui tient à ses portefeuilles, la voir poser sur les affaires étrangères. On trouve en face de soi moins de passions et beaucoup plus d’indifférence. Tel homme qui, au seul nom des jésuites, devient pourpre verra avec le plus imperturbable sang-froid la France expulsée de la Nouvelle-Zélande, reculant à Taïti et en Orient, négligeant de réclamer sur les rives de la Plata le bénéfice d’un traité, et laissée en dehors des principales transactions européennes. Les questions qui touchent à l’enseignement et à la situation légale du clergé en France vont à la taille de tout le monde : sous ce rapport, ce sont assurément les plus dangereuses à soulever.

Le ministère a fait, dans le débat des crédits supplémentaires, une nouvelle épreuve de la lassitude et de l’indifférence universelle. Ici la majorité est restée invariablement fidèle à ses hommes, à ses précédens et à elle-même ; elle n’a pas voulu compromettre à la fin d’une session l’œuvre qu’elle a si laborieusement maintenue aux dépens de sa propre popularité, et il a fallu l’intervention complètement inattendue de M. Thiers pour changer le cours de ce débat. Le cabinet avait peu d’inquiétude sur l’issue, mais il en avait davantage relativement à l’effet de ce grand débat sur l’opinion extérieure, et il faut reconnaître que cette inquiétude n’était pas sans fondement. A ce point de vue, la discussion des crédits supplémentaires est une des épreuves les plus délicates que sa politique ait eu à traverser.

La multitude de missions extraordinaires envoyées sur tous les points dit monde habitable appelait naturellement le débat sur les innombrables intérêts qui constituent l’ensemble de nos relations diplomatiques. L’opposition