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THEATRES.




ANTIGONE. — CATHERINE II.




Nous sommes aujourd’hui dans une veine heureuse ; nous avons à rendre compte de deux succès. L’un est la reprise d’une tragédie couronnée il y a un peu plus de deux mille trois cents ans, sur le théâtre de Bacchus à Athènes ; l’autre est un drame tiré de l’histoire contemporaine, et dont les acteurs ont pu être connus de nos pères. Antigone ! Catherine seconde ! Quel océan de faits et d’idées sépare ces deux noms ! Et, néanmoins, dans les deux ouvrages qu’ils ont inspirés, un même ressort principal domine tout : le tombeau de Polynice et le tombeau de Pierre III ! Là il s’agit d’un peu de terre qu’un tyran défend à une sœur de jeter sur le corps sacré de son frère ; ici, c’est une souveraine qui pâlit incessamment devant une tombe que la main d’un complice tient inexorablement entr’ouverte….. Mais saluons, avant tout, l’ombre glorieuse et rajeunie du vieux Sophocle : Ab Jove principium. Parlons d’abord d’Antigone.

Il y a deux ans à peine, les journaux littéraires de l’Allemagne nous apportèrent, à grand renfort de réclames, une éclatante nouvelle. On venait de représenter à Berlin, sous un patronage auguste, la traduction littérale de deux chefs-d’œuvre du théâtre grec, accompagnée de la mise en scène la plus savante et la plus conforme aux