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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/889

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faisait d’André Chénier et des poètes du XVIe siècle était forcé, et il va tout à l’heure adresser à Chénier des reproches qui tendraient précisément à le confondre en mauvaise part avec ces mêmes poètes. En général, tout ce début n’est pas net ; l’auteur voudrait dire et ne dit pas ; mais j’arrive à l’opinion fondamentale, et je la résume ainsi :

André Chénier, en regard de l’antiquité, n’est qu’un copiste, un disciple qui s’attache à la superficie et aux couleurs plutôt qu’à l’esprit ; il abonde en emprunts forcés, il pille au hasard et fait de ces larcins grecs et latins un p6le-m61e avec les fausses couleurs de son siècle. Il ne mérite en rien, selon M. Fremy, une place dans le groupe sublime des anciens, si large et si varié qu’on veuille faire ce groupe. Homère est le roi et presque le dieu des anciens, mais il y a bien des rangs au-dessous : Euripide, après Sophocle, y figure ; Théocrite, un des derniers, n’y messied pas ; et chez les Latins, Horace, Tibulle, Properce, même Ovide. Eh bien ! André Chénier n’en est, lui, à aucun degré ; car, en étudiant beaucoup et en ayant une connaissance plus que suffisante de l’antiquité, il n’a pas su dans ses imitations observer la mesure ni maintenir sa propre originalité. Tous les critiques français jusqu’ici, ceux même qui ne sont pas des critiques de parti (c’est sous ce dernier titre que M. Fremy veut bien nous désigner sans nous nommer) ont, il est vrai, reconnu dans André Chénier le parfum exquis de l’Hymète : eh bien ! tous se sont trompés et ont jugé à la légère : M. de Chateaubriand, qui a publié le premier la Jeune Captive ; M. Villemain, qui a consacré une leçon à ce poète d’étude et de passion, à cet ingénieux passionné, comme il le qualifiait ; M. Patin, qui, tous les jours, dans son cours de poésie latine, éclaire le rôle de Catulle ou d’Horace chez les Latins par celui de Chénier parmi nous, tous ces esprits supérieurs et délicats ont fait fausse route à cet endroit. M. Fremy arrive tout exprès, il descend du Cythéron pour leur révéler le vrai sens de l’antique, pour définir le point précis et mesurer les doses.

Et remarquez que, tout en contestant à Chénier cette part essentielle qui fait la clé de son talent, M. Fremy proteste qu’il ne veut en rien rabaisser sa gloire ; il a l’air de vouloir le louer de ses odes, de ses ïambes et de ses élégies, comme si dans toutes ces parties de son œuvre le poète faisait autre chose qu’appliquer le même procédé en le dégageant de plus en plus.

André Chénier a imité dans les idylles attribuées à Théocrite celle qui a pour titre et pour sujet l’Oaristys, c’est-à-dire la conversation familière d’un pasteur et d’une bergère au fond des bois ; c’est une