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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/781

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— Des chansons douces comme les miennes ! jamais tu n’en as écouté jusqu’à cette nuit, depuis le commencement du monde, toi âgé et peu sage vieillard, qui souvent as rangé tes vaillantes troupes sur la colline.

— Oui, souvent j’ai rangé mes vaillantes troupes sur la colline ; Patrick aux mauvaises intentions, tu fais mal de dénigrer ma taille, qui jadis était belle.

Mon père n’avait pas moins de douze chiens, et nous les lâchions dans le vallon de Smal. Plus doux à mon ouïe était le cri des chiens que la sonnerie de tes cloches, Patrick.

— C’est parce que ton suprême bonheur fut d’écouter les chiens et de passer en revue tes troupes tous les soirs, et non d’offrir à Dieu tes prières, que Fin et ses héros sont prisonniers,

— Il est dur de croire à ton conte, clerc aux pages blanches, et de penser que Fin, l’homme généreux, soit prisonnier de Dieu ou des hommes.

— Fin est maintenant prisonnier dans l’enfer, lui qui distribuait de l’or. Parce qu’il n’a pas adoré Dieu, il est triste dans la maison de torture...

— Quelle espèce de lieu est cet enfer, Patrick à la grande science ? N’est-ce pas aussi bon que le paradis ? y trouverons-nous des daims et des chiens de chasse ?

— Toute petite que soit la mouche qui bourdonne ou se traîne dans le rayon du soleil, ces êtres ne peuvent se glisser même sous un bouclier sans que le roi de gloire le sache.

— Alors Dieu n’est pas semblable à Fin-Ma-Cual, notre roi des Fions. Tout homme sur la face de la terre peut entrer dans sa tente.

— Ne compare pas un homme à Dieu... — Je compare Fin-Ma-Cual à Dieu même... — C’est ce qui a occasionné ta perte, de n’avoir pas cru au roi des élémens.

— Pas du tout, mais d’avoir été à Rome, où Fin a été deux fois pour son malheur. On nous a forcés de livrer la bataille de Gabhra ; beaucoup de Fions y ont été tués.

— C’est que vous n’avez pas laissé Dieu vous mener, Ossian le blasphémateur ! Dieu est plus grand que tous les héros d’Irlande.

— Moi, j’aimerais mieux une belle bataille livrée par Fin et ses héros que le Seigneur que tu adores, et toi-même, clerc ! » ;


Telle est cette curieuse ballade, à la fin de laquelle Ossian, effrayé de son impiété, invoque la protection des douze apôtres.

C’est un excellent point de comparaison. Le commentateur le plus bienveillant n’oserait attribuer à ce fragment la moindre valeur poétique ou littéraire, mais le sceptique le plus déterminé doit l’accepter comme authentique ; tous les caractères de la vérité s’y réunissent. C’était vers 460 que Patrick, sans doute Patritius, se trouvait en face du vieux chef de clan, le civilisateur en face du sauvage. Le monde