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Les objections que paraissent devoir rencontrer les demandes de M. le ministre des affaires étrangères sont d’une tout autre nature. On sait qu’elles portent sur les supplémens de crédits ouverts par ordonnance royale pour frais de courrier et pour missions extraordinaires. Le premier de ces chapitres a été porté de 600,000 à 750,000 fr., le second s’est élevé de la somme de 100,000 fr., écrite au budget, à celle de 800,000. C’est une augmentation de près d’un million sur deux chapitres d’une importance secondaire.

Si notre diplomatie n’est pas la mieux renseignée de l’Europe, ce n’est pas à coup sûr faute de courriers. Il y aurait quelque intérêt à savoir si tous ces porteurs de dépêches, dont les pérégrinations postales coûtent à l’état la somme énorme de 750,000 fr., portent la plaque des affaires étrangères, ou l’uniforme d’attaché à ce département. Des personnes ordinairement bien informées assurent le contraire, et promettent des anecdotes piquantes sur certaines promenades de l’autre côté des Pyrénées et des Alpes, voyages dont le public partage avec M. le ministre des affaires étrangères le bénéfice intellectuel et politique, pour peu qu’il veuille bien lire les feuilletons de quelques journaux.

Cependant ce sont surtout les missions extraordinaires qui se développent depuis trois ans sur des proportions gigantesques. Le traité de Campo-Formio et la paix de Lunéville, l’entrevue de Tilsitt et celle d’Erfurth ont coûté beaucoup moins cher à la France que l’abandon de son protectorat en Orient et l’évacuation de Taïti. Les documens fournis à la commission pour justifier les 800,000 fr. réclamés ne portent pas seulement sur des dépenses patentes dont chacun reconnaît la nécessité, telles que la continuation de la délimitation du Rhin, l’établissement de missions pour la régularisation du service des postes et pour notre service de paquebots transatlantiques. Ce sont, sans doute, des intérêts beaucoup plus élevés et d’une appréciation moins facile qui ont déterminé ces innombrables missions à Bombay, à Rostock, à Janina, à Fatras, à Galatz, à Téhéran, à Panama, sur les bords de l’Amazone et jusqu’au sommet des Cordilières. A juger de la diplomatie française par le tableau fourni à la commission, elle se présente sous un aspect d’ubiquité tout-à-fait grandiose. Jamais gouvernement n’a porté son activité sur plus de points à la fois, jamais aussi cette action n’a été plus prudente et plus secrète, car les deux mondes explorés par nos agens extraordinaires n’ont pas même paru se douter des nombreuses investigations auxquelles ils étaient soumis.

Mais ce n’est pas seulement sur place que nos agens diplomatiques et consulaires se sont livrés à ces travaux herculéens, c’est encore, et surtout à Paris, où ils ont été rappelés et payés pour pouvoir travailler sans distraction et d’une manière plus impartiale que sur les lieux mêmes. A côté du corps diplomatique en activité, il s’élève un corps diplomatique en demi-solde, des ministres in partibus, dont la situation a besoin d’être éclaircie. M. Pontois, ambassadeur à Constantinople, a dû passer deux ans à Paris, fort embarrassé de son rôle et de sa personne, et quelque peu étonné qu’on