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produit jusque-là. Aussi, pendant dix ans, le Sphinx demeura-t-il un type privilégié que l’on reproduisit fidèlement, mais souvent avec moins de bonheur. Dans toute cette période, nos 160 ne furent que des copies du Sphinx, et l’on croit même pouvoir avancer qu’en 1840 il est encore sorti un Sphinx de nos chantiers.

Ainsi, pendant plus de dix ans, nous sommes restés stationnaires, nous renfermant dans le culte exclusif d’un type unique, le 160, qui est à lui seul presque toute la flotte.

Les nécessités du service d’Afrique justifient suffisamment cette persistance. Il fallut tout d’un coup, presque à l’enfance de la navigation à la vapeur, improviser des moyens de transport proportionnés aux besoins d’une vaste occupation militaire, organiser une correspondance active et régulière, et c’est à la marine à vapeur qu’on s’adressa. Dès-lors toutes les ressources de cette marine naissante furent absorbées par des besoins impérieux et toujours croissans ; plus d’essais, plus d’améliorations possibles ; l’urgence dominait tout ; il fallait des navires à vapeur, un type existait, type heureux, type éprouvé, et dont toute la marine conviée à l’expédition d’Alger proclamait l’excellence ; on se hâta donc de jeter dans le même moule une foule de navires. De là toute cette famille des 160, qui aujourd’hui fait nombre au budget.

On a besoin d’insister sur cette situation pour expliquer l’excessif développement d’un type qui était bon sans doute lorsqu’il parut, mais qui a cessé de l’être parce qu’il n’a pas participé au progrès et parce qu’on exige aujourd’hui, dans le vapeur de guerre, d’autres conditions de force et de puissance. On ne se contente plus en effet des qualités qui, à l’aide des circonstances impérieuses que nous avons expliquées, ont pu faire des 160 l’objet d’une faveur si durable. Comme bâtiment de guerre, il est trop faible aujourd’hui pour être compté, et son infériorité de marche le rend impropre à un service de dépêches. Nous ne lui reconnaissons qu’une qualité essentielle, il est vrai, mais insuffisante lorsqu’elle est isolée : c’est qu’il se comporte très bien à la mer. Créé en vue du service d’Afrique, le service d’Afrique est sa spécialité ; aussi voyons-nous qu’en temps ordinaire, ce service en absorbe un nombre considérable.

D’abord trois sont employés au transport des malades : ce sont le Grégeois, le Météore et le Cerbère. Ces trois navires ont été installés pour offrir un abri à leurs passagers ; on les a exhaussés en leur donnant un pont de plus. On conçoit d’ailleurs que la construction de cet abri n’ait pas ajouté à leurs qualités, et que même, dans certaines circonstances, elle puisse être une cause de danger et compromettre la sûreté du navire appesanti. Mais à ce prix les malades sont abrités, tandis que sur les autres navires, dans ce va et vient continuel entre les deux rives de la Méditerranée, entre Alger et les autres points d’occupation, nos soldats bivouaquent sur le pont, été comme hiver, mouillés par la pluie et par la mer, et cela dure depuis