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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/731

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Elles croiseraient autour de nos colonies, autour de ces nouveaux points saisis sur des mers lointaines par une politique prévoyante, et destinés à servir de base à leurs opérations, aussi bien qu’à devenir l’asile de nos corsaires.

J’ajoute que cette manière de représenter au loin le pays serait bien plus avantageuse à notre commerce, que la manière dont nous le faisons aujourd’hui. En effet, on craindrait bien autrement la venue d’une division pourvue de tous les moyens de se faire respecter, que la présence permanente d’un petit navire que l’on s’habitue à voir et que bientôt on oublie. Ou je me trompe, ou cette visite toujours attendue, toujours imminente, serait pour les intérêts français une très puissante protection, et nos navires marchands se trouveraient beaucoup mieux de l’influence de notre pavillon ainsi montré de temps en temps à des pays qui se font une idée incomplète des forces de la France, que de la présence souvent tracassière pour eux de nos petits navires de guerre.

On a pu remarquer que je n’ai point parlé de bateaux à vapeur pour ces stations lointaines ; je crois que nous ne devons les y employer qu’accidentellement, et avec la résolution de les enfermer dans nos colonies au premier bruit de guerre.

En général, il faut que nos navires à vapeur ne s’écartent de nos côtes que d’une distance qui leur permette de les regagner sans renouveler leur combustible. Je raisonne toujours dans l’hypothèse convenue d’une guerre contre la Grande-Bretagne, et il tombe sous le sens que nous aurions en ce cas peu d’amis sur les mers ; notre commerce maritime ne tarderait pas à disparaître. Comment, loin de France, s’approvisionner alors de combustible ? Nos navires à vapeur, dénués de ce principe de toute leur action, seraient réduits à se servir uniquement de leurs voiles, et l’on sait qu’ils sont, quant à présent, de pauvres voiliers : ils n’auraient pas beau jeu contre les corvettes ou les bricks du plus mince échantillon.

Peut-être l’emploi et le perfectionnement de l’hélice, en laissant au bâtiment à vapeur toutes les facultés du navire à voiles, amèneront-ils un jour quelque changement à cet état de choses. La vapeur deviendrait alors un auxiliaire puissant pour nos croiseurs, mais cette alliance de la voile et de la vapeur ne devrait rien changer néanmoins à ce que j’ai établi plus haut. Le bateau à vapeur destiné à servir en escadre ou sur nos côtes devra toujours avoir une grande vitesse, à la vapeur seule, comme premier moyen de succès.