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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/716

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Prenant donc le cas de guerre pour base de mes raisonnemens, je chercherai un exemple qui éclaircisse ma pensée, et je supposerai la France obligée de se défendre contre la plus forte des puissances maritimes : c’est nommer l’Angleterre. Cela posé, et procédant d’une façon tout abstraite et par voie d’hypothèse, j’entre dans mon sujet.

Un fait d’une portée immense, qui s’accomplit depuis quelques années, nous a donné les moyens de relever notre puissance navale déchue, de la faire reparaître sous une forme nouvelle, admirablement appropriée à nos ressources et à notre génie national.

Ce fait, c’est l’établissement et le progrès de la navigation par la vapeur.

Notre marine ne pouvait être qu’une création factice alors que l’empire de la mer appartenait à celui qui mettait sur l’eau le plus de matelots. Notre navigation marchande ruinée ne nous fournissait plus assez de marins. On aurait lutté énergiquement pour venger des affronts, pour effacer de tristes souvenirs ; mais, quand même des succès passagers fussent venus attester le courage de nos marins, le nombre aurait fini par étouffer nos efforts. La marine à vapeur a changé la face des choses ; ce sont maintenant nos ressources militaires qui viennent prendre la place de notre personnel naval appauvri. Nous aurons toujours assez d’officiers et de matelots pour remplir le rôle laissé au marin sur un bateau à vapeur. La machine suppléera à des centaines de bras, et je n’ai pas besoin de dire que l’argent ne nous manquera jamais pour construire des machines, pas plus que les soldats ne nous manqueront quand il s’agira de soutenir l’honneur du pays.

Avec la marine à vapeur, la guerre d’agression la plus audacieuse est permise sur mer. Nous sommes sûrs de nos mouvemens, libres de nos actions. Le temps, le vent, les marées, ne nous inquiéteront plus. Nous calculons à jour et heure fixes.

En cas de guerre continentale, les diversions les plus inattendues sont possibles. On transportera en quelques heures dies armées de France en Italie, en Hollande, en Prusse. Ce qui a été fait une fois à Ancône, avec une rapidité que les vents ont secondée, pourra se faire tous les jours sans eux, et presque contre eux, avec une rapidité plus grande encore.

Comme je le disais tout à l’heure, ces ressources nouvelles nous conviennent à merveille, et la forme de la guerre ainsi modifiée ne laisse plus les chances telles qu’elles étaient, il y a trente ans, entre la France et les ennemis qu’elle peut rencontrer. Aussi est-il curieux