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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/687

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conseillers des communes ; il choisit les plus dévoués et ceux qui possèdent le moins, par conséquent ceux qui votent les dépenses avec facilité, sans craindre les suites du progrès de l’impôt [1]. Au-dessus des communes s’élève le conseil provincial qui doit les représenter. Nouvelle exploitation : le gouvernement choisit les conseillers, puisqu’il choisit les électeurs, et encore il exclut par son veto les candidats qui n’épousent pas sa cause. La complaisance de ces représentations provinciales pour le gouvernement n’a pas de limites. Les routes, les canaux, les ports de mer, toutes les dépenses de l’état sont imposées aux communes ; l’état s’en décharge, le gouvernement ne gouverne pas. Plus on s’élève dans la hiérarchie, plus les abus grandissent. Le gouvernement est dominé par soixante-douze princes, les cardinaux ; ces princes vivent aux frais de l’état plus largement et avec plus de faste, proportion gardée, que les membres d’une famille royale dans un état constitutionnel. Ils ne sont pas toujours à l’abri de certaines affections : il y a des favoris et même des favorites ; la distribution des places, des entreprises publiques, s’en ressent, et le conseil d’état, composé des cardinaux les plus influens, est le centre du népotisme romain. Dans les finances, les impôts et la dette publique augmentent tous les ans [2] ; l’administration, livrée à des traitans, absorbe une partie du revenu, et le désordre retombe tous les ans sur la population, qui doit subvenir aux dépenses réelles et au gaspillage [3]. Les tribunaux viennent en quelque sorte compléter le désordre. Des juges mal payés, choisis sous l’influence des passions politiques du gouvernement, déconsidérés dans les villes, et qui se vendent souvent à bas prix, se trouvent chargés d’administrer la justice civile et criminelle d’après des lois aussi anciennes que la papauté. Il suffit de dire qu’ils font administrer la bastonnade sans forme de procès, que la répression n’est jamais proportionnée au délit, que la peine de mort est appliquée sans aucune mesure, que les

  1. Les trente conseillers de Faenza possèdent moins de terre, pris tous ensemble, que les deux principaux propriétaires du pays exclus du conseil.
  2. Le conseil de Ravenne, en 1832, votait 20,000 écus ; en 1843, il en votait 60,000.
  3. Voici un fait ; on pourrait en citer mille. Dans les états romains, on s’habille avec les draps de France ; à la douane de Ravenne, en une année, on n’a perçu les droits que sur deux pièces de drap. Les domestiques intimes des cardinaux donnent des audiences, distribuent des faveurs, vendent des monopoles, souvent protègent la contrebande, et toujours sont à l’abri des poursuites de la loi. L’ancien pontife voulait contenir les impudentes supercheries d’un nommé Marianino : le cardinal lui rappela que ce Marianino l’avait fait pape.