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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/671

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diverses. Mais si l’intelligence peut, par un jeu de logique, développer les idées qu’elle reçoit, elle ne saurait suppléer aux dons de la foi et de l’amour ; elle est naturelle, et les dons du christianisme sont surnaturels. Sans la grâce, il n’y a ni croyance, ni action, ni salut. M. de Cavours ajoute que le chrétien, quelle que soit son instruction, vivant au milieu d’un peuple intelligent, mais livré à de fausses croyances, conserve tout entier, dit-il, le sentiment de sa supériorité morale. Vaincu par les arts, par l’industrie, par la civilisation, en un mot par l’intelligence, il triomphera par la foi, par l’amour et par l’action. Le disciple de M. Rosmini oublie que ce sentiment se retrouve chez les Turcs, et en général chez les infidèles, qui, sans contester les avantages de la civilisation chrétienne, sans nier les prodiges de notre industrie, nous considèrent comme des mécréans et des réprouvés à cause de l’infériorité de notre conviction religieuse.

Nous ne trouverons pas chez les adversaires du philosophe tyrolien la même unité de tendances. Le libéralisme a manqué de fermeté vis-à-vis de M. Rosmini, la censure d’ailleurs a comprimé certains débats ; les philosophes se sont bornés à signaler les tendances idéalistes de la nouvelle doctrine. M. le comte Mamiani semble les avoir combattues pour se former une sorte de système nouveau, en opposition à la théorie de l’être possible. Souvent en Italie des hommes, d’ailleurs instruits, s’épuisent en efforts pour altérer au profit de la vanité nationale les idées qui se développent en Europe ; ils croient qu’on peut sacrifier les principes au patriotisme, en réalité c’est eux-mêmes qu’ils sacrifient dans cette singulière entreprise. Tel est le tort de M. Mamiani : repoussant également la philosophie de M. Rosmini et les philosophies étrangères, il a proposé le renouvellement de l’ancienne philosophie italienne, et, comme de raison, il s’est mépris sur les systèmes des anciens et sur ceux des modernes. — Les philosophes, s’est-il dit, ne sont pas d’accord : d’où vient la diversité des écoles ? De la diversité des méthodes ; si les penseurs se réunissaient pour suivre une seule méthode, à l’imitation des physiciens, toutes les dissidences disparaîtraient. Suivons donc la vraie méthode ; mais cette méthode, où la prendrons-nous ? Dans l’histoire de la philosophie. Or l’histoire de la philosophie étudiée sans la moindre prévention, avec la plus grande impartialité, bref, sans principes, apprend à M. Mamiani que la vraie méthode se trouve chez les philosophes de son propre pays, et précisément chez les penseurs de la renaissance. A l’entendre. Bacon, Descartes, Kant, tous les métaphysiciens depuis deux siècles ont fait fausse route ; la philosophie italienne s’est mésalliée en faisant