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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/667

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une discussion universelle de toutes les philosophies depuis Aristote jusqu’à Hegel. Comment le suivre dans tous ses combats ? le désordre intellectuel de l’Italie nous laisse à peine distinguer ses adversaires et ses disciples. Comment soumettre à un classement précis cette société si variée, si complexe, où tout écrivain veut se former un système, et où l’extrême diversité dans les idées et dans la culture intellectuelle arrête le développement de la critique et la formation des écoles ? En France, en Angleterre, en Allemagne, il y a tout un peuple de savans distingués, et une sorte de sens commun scientifique qui élève le talent jusqu’à un certain niveau et l’empêche de descendre plus bas. De gré ou de force, les écrivains doivent accepter ou combattre régulièrement le système qui domine. En Italie, il y a plus de génie que de talent, plus de talent que d’instruction, et, pour peu que la complication des idées et des tendances cesse d’être gouvernée par un esprit supérieur, on voit éclater partout la confusion et la bizarrerie. C’est déjà un phénomène extraordinaire au-delà des Alpes que l’existence d’une secte qui prend le nom de son fondateur, s’étend depuis Turin jusqu’à Rome, et accepte la position faite à M. Rosmini, en combattant le parti libéral et le parti obscurantiste. Sans descendre aux détails insignifians de l’histoire du rosminianisme, nous donnerons ici quelques indications sur ses adeptes et ses adversaires.

Parmi les disciples de M. Rosmini, il faut distinguer M. Tarditi, M. Tomaseo, et M. le marquis de Cavours. M. Tarditi a publié une apologie de son maître, ferme, nette et très remarquable, ne fût-œ que par les fureurs jésuitiques qu’elle a soulevées. Il est à regretter que M. Tarditi exagère la modestie jusqu’à perdre le sentiment de ses forces, et la politesse jusqu’à traiter respectueusement les absurdités palpables de ses ennemis. — Ce n’est pas là le défaut de M. Tomaseo. Dominé par l’enthousiasme littéraire, poète et philosophe incomplet, M. Tomaseo présente un mélange curieux de vivacité et de pédanterie, de grâce et de raideur. Loyal, mais intraitable, excellent écrivain, mais faible penseur, visant toujours à la précision et toujours entraîné par la rapidité de sa plume, il a tenu le premier rang parmi les journalistes italiens, tant qu’a duré l’Anthologie de Florence. Sa facilité lui permettait de devancer d’un mois le jugement du public ; ses instincts généreux lui tenaient lieu de critique, et souvent même des lumières de la science. Cet écrivain, qui régentait toute la littérature secondaire, fut le premier à proclamer la philosophie de M. Rosmini, qu’il confondait dans son admiration esthétique avec Manzoni, Vico et Dante.