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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/547

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l’enseignement, la réforme de l’un par l’isolement, et de l’autre par la liberté, tel est le double problème dont la solution simultanée est demandée aux lumières du parlement.

Nous rendons la plus entière justice et au talent et à la sincérité des convictions de M. de Tocqueville. Que l’honorable rapporteur de la loi des prisons nous permette pourtant de le lui dire : il n’y a rien de moins démontré que l’urgence d’une réforme radicale dans le système général de l’emprisonnement, il n’y a rien de plus problématique surtout que le résultat moralisateur qu’il attend avec tant de confiance. Tous les chiffres se combattent dans cette matière, depuis celui des récidives, sur lequel se fonde la nécessité d’un changement, jusqu’à celui de la mortalité et des cas de démence, qui en constate les résultats. Le seul fait qui reste irrévocablement établi par l’exemple de la maison de Nîmes et celui de quelques autres prisons françaises et étrangères, c’est l’influence moralisatrice exercée sur les détenus par le personnel qui les dirige, influence à peu près indépendante du système de l’emprisonnement et de l’aménagement intérieur. Une autre conséquence sortie des débats, c’est la nécessité d’organiser promptement des asiles pour les libérés, dont les récidives ne sont guère moins imputables au repoussement de la société qu’à leur propre dépravation. Faire passer les condamnés par un état intermédiaire avant de leur rendre leur place dans l’ordre social, les réconcilier avec les habitudes normales de la vie, leur assurer du travail et des ressources indépendantes des préventions publiques, tel est le seul moyen véritablement efficace de prévenir les récidives et de régénérer la population de nos prisons. La mise en surveillance est à la fois le plus vicieux et le plus inefficace de tous les régimes. La surveillance de la police suffit pour flétrir le condamné dans l’opinion, et ne suffit pas pour l’empêcher de mal faire. Dans quelques petites villes, comme on l’a fait observer avec raison, les libérés tiennent en échec la force publique : à Paris, ils forment une association redoutable de malfaiteurs. C’est sur ce point que devraient se porter désormais les préoccupations du gouvernement, et tel est le problème que nous l’engageons à méditer pour les sessions prochaines.

La discussion à laquelle se livre la pairie sur l’instruction secondaire est vraiment solennelle. L’attention si longue et si marquée que la chambre des pairs consacre à un pareil sujet est un irrécusable symptôme de la gravité de la question. Il n’est pas dans les habitudes de la pairie d’exagérer ou de devancer les difficultés ; mais aujourd’hui les choses en sont venues à ce point que les dangers de la situation frappent les esprits les plus calmes, les plus sages, nous dirions presque les plus lents. Que de chemin nous avons fait depuis trois années ! En 1841, la présentation d’un projet de loi sur l’instruction secondaire à la chambre des députés avait bien soulevé du côté de l’église certaines objections ; cependant on ne désespérait pas alors d’arriver à une transaction satisfaisante entre l’état et le clergé. Il n’y avait pas alors d’insurrection contre l’enseignement universitaire : les évêques n’écrivaient alors