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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/546

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absolu des mesures dont la plupart des hommes qui connaissent l’Espagne s’accordent à reconnaître la nécessité temporaire. La situation de la société dans la Péninsule est tellement exceptionnelle, qu’il ne faudrait pas la juger tout-à-fait au point de vue des idées françaises. La législation nouvelle, rendue par ordonnance, sur les ayuntamientos s’exécute partout sans résistance ; peut-être en sera-t-il de même des mesures auxquelles le cabinet n’attribue d’ailleurs qu’un caractère provisoire, protestant avec une énergie que nous aimons à croire sincère de la ferme intention de convoquer bientôt les cortès, pour réclamer toute la responsabilité de ses mesures, rendre compte de sa conduite et appeler sur elle le grand jour de la discussion.

La dissolution de l’empire ottoman fait chaque jour des progrès plus manifestes, et l’apathie de la France en présence de l’anarchie qui désole le Liban devient de plus en plus inexplicable. Le plan très arrêté à Constantinople est d’épuiser la Syrie et d’en faire la Pologne de l’empire ottoman. Le pacha ne s’en cache pas : le pillage et les massacres continuent sous ses yeux sans qu’il paraisse s’en émouvoir. Il déclare hautement que sa mission n’est pas de rendre la paix à ce malheureux pays, mais de le mettre dans l’impuissance de s’armer de nouveau pour revendiquer ses prérogatives séculaires. Aucun voyageur ne peut aujourd’hui sortir des murs de Beyrouth sans courir risque d’être égorgé. Tel est le régime qui a succédé à cette puissante organisation égyptienne, à laquelle les ennemis de Méhémet-Ali étaient contraints de rendre d’éclatans hommages.

D’après l’arrangement conclu au mois de décembre 1842 par l’active intervention de l’Angleterre et de l’Autriche, arrangement que la France crut devoir présenter alors comme une victoire de sa politique, toutes les troupes albanaises devaient quitter la Syrie, et M. le ministre des affaires étrangères affirmait, en répondant à M. de Lamartine, dans la récente discussion des fonds secrets, qu’il y avait plus de dix-huit mois qu’elles en étaient sorties. Or, quinze jours auparavant, une troupe albanaise, sous le commandement d’un chef du nom d’Abbas, fort connu dans ces contrées par sa cruauté, avait quitté Beyrouth pour pénétrer dans la montagne, qu’elle ravage depuis deux mois. Un chef turc commande en cet instant même à Daïr-el-Kamar, contrairement aux termes de l’arrangement du 7 décembre ; et pour compléter l’anarchie que devait nécessairement engendrer le double pouvoir d’un caïmakan maronite et d’un caïmakan druse, ce chef musulman a imaginé d’organiser sur le même pied tous les villages de la province. Ce sont là des moyens de destruction qui auraient échappé même au génie inventif du persécuteur de la Pologne. La France ne trouvera-t-elle donc jamais une parole et une menace en face d’un pareil mépris des droits de l’humanité ? a-t-elle à ce point abdiqué son passé et son avenir ?

De grandes questions occupent nos deux chambres, et jamais l’élément moral n’a paru d’une manière plus éclatante sur le premier plan de la scène politique. Le système général des prisons et le système général de