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exclusivement occupé à chercher dans la conduite des émirs des prétextes pour échapper aux conditions d’un traité qui avait été déjà, de la part de l’Angleterre, une première et énorme violence. Le résident anglais auprès des émirs, le major Outram, parle de quelques intrigues du premier ministre de l’émir Roustum, de Khyrpore, dans le Haut-Scinde ; ces intrigues ne lui paraissent mériter d’autre châtiment que le renvoi du ministre. Le gouverneur-général y voit une raison pour dépouiller l’émir d’une portion considérable de ses territoires. Bientôt le major Outram, qui doit à une longue résidence auprès des chefs du Scinde la connaissance de leurs mœurs et de leur caractère, et qui éprouve pour eux quelques sentimens de bienveillance et de justice, est rappelé, et la direction des affaires du Scinde est donnée au général sir Charles Napier, avec le commandement des forces militaires laissées dans le pays par l’armée de l’Afghanistan. L’esprit qui devra animer la conduite du général est indiqué dans une phrase des instructions qui lui sont remises par lord Ellenborough : « Il convient que vous soyez averti que si les émirs, ou l’un d’eux, agissent hostilement ou témoignent de desseins hostiles à l’égard de notre armée, c’est ma résolution arrêtée de ne jamais pardonner ce manque de fidélité et d’en tirer un châtiment qui puisse servir de leçon à tous les chefs de l’Inde. » Le major Outram et les membres de sa légation ne furent laissés dans leur résidence que le temps nécessaire pour rédiger une compilation de toutes les plaintes que les Anglais pouvaient avoir à former sur la conduite des émirs. Cette énumération curieuse parut démontrer suffisamment à sir Charles Napier les dispositions hostiles dont parlait le gouverneur-général. Il la soumit sur-le-champ à celui-ci, comme offrant, ce sont ses expressions, et un excellent prétexte pour employer la contrainte contre les émirs (a fair pretext to coerce the ameers), » Au reçu de cette compilation de griefs, qui porte dans les papiers relatifs au Scinde soumis au parlement le nom de return of complaints, lord Ellenborough, saisissant le bon prétexte au vol, répondit courrier par courrier à sir Charles Napier qu’il n’était arrêté encore que par un doute sur l’authenticité de certaines lettres interceptées qui auraient prouvé la trahison de deux émirs : si sir Charles Napier pouvait constater ce point de fait dans un sens favorable aux desseins anglais, le gouverneur-général se croyait autorisé à dicter à tous les membres de la famille des Talpours les conditions qu’il lui plairait. Ces conditions, lord Ellenborough les fit passer immédiatement au général sous forme de traités nouveaux et plus sévères qu’il devait imposer à tous les émirs, dans le cas où il