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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/487

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LA TURQUIE


SOUS


ABDUL-MEDJID.




I.
SMYRNE.




Certains noms de villes et de pays ont le don singulier de faire apparaître devant nous, dès que nous les prononçons, un paysage que notre fantaisie a depuis long-temps esquissé, et que notre imagination colore aux heures de rêverie. Le nom de Smyrne, — si je juge par mes propres impressions des impressions des autres, — parle à l’esprit de luxe asiatique, de pompe orientale, et réveille en nous je ne sais quelles images de caravanes arrivant du désert, de groupes d’Arabes assis à l’ombre des platanes. Cette sorte de divination dont le ciel nous a dotés est une faculté dangereuse que le voyageur expie par de cruels mécomptes. Habitués à vivre dans des régions idéales, nous demandons plus tard à la réalité des merveilles qui ne sont pas de ce monde. La nature devient impuissante à satisfaire notre caprice ; pour nous complaire, l’Orient lui-même n’a pas d’assez riches couleurs, et les tableaux qu’il nous offre sont, en général, fort différens de ceux