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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/445

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longue haleine, si l’autorité publique ne contrebalance pas, à l’aide des ressources dont elle dispose, les offres corruptrices de ces industriels qui spéculent sur la prostitution littéraire. Le remède que nous proposons est d’un usage difficile, nous le sentons bien : il y aurait bien des précautions à prendre pour que l’intrigue et le favoritisme ne fissent pas dégénérer une libéralité nationale en abus scandaleux. Provisoirement une satisfaction immédiate peut être accordée aux écrivains dramatiques sur une question qui intéresse leurs familles. Le droit de leurs héritiers est limité à dix ans, tandis que les héritiers des autres auteurs conservent pendant vingt ans la propriété de leurs œuvres. Cette inégalité doit disparaître. Déjà, il y a trois ans, les deux chambres, lorsqu’elles discutèrent la loi sur la propriété littéraire, que diverses causes firent rejeter, avaient sans contestation réglé uniformément le droit de tous les héritiers. Nous demandons une disposition nouvelle qui consacre cette égalité.

Tels sont les objets sur lesquels nous appelons l’attention du gouvernement. Que le théâtre trouve auprès de lui la protection et la discipline, les encouragemens et les conseils. Le jour où l’administration publique prendra ce rôle, l’avenir de la scène française cessera d’être un sujet d’inquiétude.

Nous terminons ici un exposé trop long peut-être, et dans lequel cependant nous avons été condamné à négliger de nombreux détails. Nous avons cherché plutôt à poser les questions qu’à les résoudre. La matière est importante et comporte de sérieuses études, de longues réflexions. Une enquête pourrait jeter une lumière utile sur des faits nombreux et complexes. Quant à la loi présentée aux chambres dans la dernière session, elle n’effleure pas même le sujet ; elle n’a sondé aucune des plaies du théâtre et ne propose aucun remède ; elle ne s’occupe que d’intérêts de police déjà réglés par la législation de 1835, et nous n’hésitons point à dire qu’elle n’est digne ni des chambres qui en sont saisies, ni du gouvernement qui l’a proposée.


VIVIEN.