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aux auteurs qui voudraient rester en dehors de l’association de toucher leurs revenus sans sacrifier leur indépendance : — voilà ce que le gouvernement doit faire, s’il veut rassurer ceux qu’il a privilégiés pour l’exploitation des théâtres. Contenu en même temps que protégé par un tel règlement, chacun des contractans retrouvera sa liberté d’action sans qu’il lui soit possible d’en abuser, et peut-être cette indépendance rendra-t-elle au génie dramatique le ressort que des habitudes mercantiles ont visiblement affaibli.

3° Entre toutes les plaies du théâtre, il en est une qui deviendrait mortelle, si l’on n’y portait remède : c’est la progression toujours croissante du traitement d’acteurs souvent médiocres. Plus d’une fois les directeurs ont essayé de se concerter pour réduire les appointemens des artistes : de semblables coalitions, répréhensibles en elles-mêmes, resteront toujours sans effet, car il n’est pas possible qu’un entrepreneur dramatique résiste long-temps au désir secret de fortifier sa troupe, en désorganisant celle de ses rivaux. Les prétentions exagérées ne pourront être réduites que par la concurrence que les acteurs se feront à eux-mêmes. Il faut que les directeurs se coalisent, non pour molester les talens qui existent, mais pour créer et développer des talens nouveaux.

C’est surtout pour les grands théâtres que les moyens de recrutement sont insuffisans. Pour briller sur les scènes inférieures, il ne faut qu’une intelligence superficielle, un chaleureux instinct, une certaine aptitude à l’imitation, qualités naturelles qui peuvent se révéler instantanément ; mais l’artiste véritable ne se forme pas en un jour, si richement doué qu’il soit. Les longues études, les exercices fatigans, l’observation attentive sur les autres et sur soi-même, lui sont tellement indispensables, que l’ardeur au travail, que la persévérance sont les indices les plus certains de sa vocation. Autrefois, l’honneur de paraître sur les grands théâtres était l’ambition de presque tous les artistes. Il n’en est plus de même aujourd’hui. On a hâte d’acquérir quelque peu de métier, pour l’exploiter sur une scène vulgaire. Il y aurait moyen de contrebalancer cette funeste disposition par quelques mesures en faveur des études que l’art et le bon goût peuvent avouer. La composition des théâtres royaux n’est pas assez irréprochable pour justifier l’insouciance de l’administration à cet égard. Le Conservatoire, dont nous avons approuvé l’institution et reconnu les services, ne suffira jamais au recrutement des grands théâtres. Il n’est qu’une école. Or, au sortir de toute école, il y a nécessité de couronner l’éducation théorique par les leçons de