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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/437

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au théâtre cette prospérité idéale que peuvent rêver les amis du plus beau, du plus difficile des arts, il faudrait de ces mystérieux hasards qui font naître les grands poètes et les grands artistes ; mais il est des abus qu’un ensemble de sages mesures pourraient faire disparaître, il est des influences qui pourraient corriger la stérilité de notre temps. Il nous reste à indiquer les réformes praticables, ce que nous tâcherons de faire avec la réserve indispensable dans une recherche si épineuse.


IV.

Les diverses mesures dont nos investigations ont dû faire sentir la nécessité peuvent être ramenées à quatre objets principaux. Il convient, selon nous, 1° de réorganiser les théâtres en réduisant le nombre de ceux qui existent ; 2° de garantir les droits légitimes des écrivains dramatiques, mais, en même temps, de réprimer les empiétemens de la société illégale qu’ils ont formée ; 3° de faciliter aux scènes littéraires les moyens de se recruter en acteurs ; 4° de rendre plus vigilante et plus efficace la tutelle que l’état doit exercer sur les théâtres. Un résumé rapide suffira au développement de ces quatre propositions.

1° L’exagération du nombre des théâtres est la cause première de tous les embarras, de tous les désordres que nous avons signalés ; elle a déterminé cette concurrence effrénée qui a eu pour effets les frais croissans de mise en scène, les exigences tyranniques des auteurs, les traitemens ruineux des acteurs, les luttes d’amour-propre et d’ambition qui ont abouti à de déplorables catastrophes ; elle a porté à l’art un grave dommage, en favorisant le gaspillage des productions de l’esprit, en récompensant outre mesure ces compositions hâtives qui ont épuisé, pour des succès d’un jour, des intelligences heureusement douées. Au lieu d’un petit nombre de théâtres réunissant des acteurs d’élite, on en laisse ouvrir douze ou quinze, dont pas un ne possède une troupe complète. La prospérité matérielle du théâtre, si nécessaire aux progrès de l’art, est devenue une impossibilité, puisque les ressources fournies par le public sont manifestement insuffisantes pour faire réussir tant d’entreprises, fussent-elles toutes dirigées avec la plus incontestable habileté.

Les cinq grands théâtres littéraires ou lyriques, deux théâtres de vaudeville, deux théâtres de mélodrame, un théâtre de pantomimes et d’exercices équestres, trois petits théâtres populaires, une salle d’essai