Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/417

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


institution si souvent attaquée ait trouvé grâce devant l’opinion publique.

Nous venons de retracer les dispositions générales de notre législation relativement aux théâtres et les faits principaux qui se sont constitués sous son empire. A ne voir que les apparences extérieures, la scène française devrait prospérer ; le patronage de l’état devrait lui donner du lustre et la garantir contre le désordre des faux calculs et des spéculations privées. Cependant le théâtre souffre ; sa décadence, sa ruine peut-être, sont imminentes. Nous allons entreprendre d’exposer les causes de ce déclin.


III.

L’état actuel du théâtre en France est précaire et inquiétant. A ne considérer que les résultats matériels, il suffit de dire que, depuis douze ans, les faillites se sont succédé presque sans interruption dans les entreprises dramatiques, que presque tous les théâtres de Paris ont été frappés, quelques-uns à plusieurs reprises. Vingt-un privilèges ont, dit-on, changé de mains ; dix-huit exploitations sont restées au-dessous de leurs frais. Les mêmes désastres ont atteint les départemens. Il n’est pas de ville qui ne réclame sa troupe d’opéra, sans renoncer pour cela à la comédie, au mélodrame, au vaudeville. Paris ne sait plus produire de ces charmans petits ouvrages d’une exécution facile et peu dispendieuse, qui composaient jadis les répertoires de province. Depuis que l’agrément et l’esprit ne suffisent plus, toutes les nouveautés à la mode exigent des acteurs d’exception, du luxe et du fracas de mise en scène. De grosses avances d’argent mettent journellement en problème l’existence des entreprises. Aussi l’exploitation des théâtres provinciaux est-elle devenue tellement périlleuse, qu’on ne trouve pas toujours facilement à remplacer les directeurs qui succombent, malgré les sacrifices que la plupart des villes s’imposent pour conserver un spectacle.

Le gouvernement ne peut pas s’intéresser directement, nous le savons, aux vicissitudes de l’industrie privée ; mais il doit veiller avec sollicitude à la prospérité des scènes qu’il a adoptées, et dont la déchéance serait une humiliation pour notre pays. Or, si nos renseignemens sont exacts, la situation des grands théâtres ne serait pas sans difficultés. L’Opéra, chancelant sous les charges énormes de son budget, dans l’impuissance de renouveler son répertoire comme de