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d’exister. Ainsi les théâtres de Londres n’ont ni comités ni lecteurs attitrés pour prononcer sur le mérite des ouvrages. Le directeur consulte qui bon lui semble, s’adresse chaque fois à un examinateur différent, et à moins qu’il ne s’agisse d’un écrivain ou d’une production tout-à-fait hors ligne, prend successivement l’avis de deux ou trois personnes. Les acteurs sont désignés dans l’enquête comme des juges peu sûrs ; ils se trompent, dit-on, souvent et jugent mal les effets de la scène. Un témoin en donne pour raison qu’ils sont les êtres les plus capricieux de la terre. L’auteur reste propriétaire de son manuscrit et le vend lui-même à l’éditeur chargé de la publication ; mais aujourd’hui la valeur en est complètement nulle. Il y a trente ans, 100 livres sterl. pour une pièce représentaient un prix peu élevé ; aujourd’hui, on en obtient à peine 10, et souvent on ne les peut vendre à aucun prix. Depuis que les pièces étrangères sont traduites en anglais, le prix du manuscrit est réduit presque à rien ; c’est à peine si Sheridan Knowles a pu vendre celui du Hunchback, qui avait obtenu un grand succès. On ne considère plus les ouvrages dramatiques comme appartenant à la littérature proprement dite, comme devant trouver place dans les bibliothèques. Quant aux avantages résultant de la représentation pour l’auteur, les usages ne paraissent pas avoir été modifiés par les nouvelles dispositions de la loi. Covent-Garden accordait généralement pour chaque pièce 100 livres à la troisième représentation, 100 à la sixième, 100 à la neuvième et 100 à la quarantième ; mais il est rare qu’on atteigne ce nombre. Le plus haut prix donné pour une tragédie ou une comédie n’excédait pas 900 livres. Généralement, on n’attribuait rien à l’auteur de la musique d’un opéra ; cependant Weber avait touché 500 livres sur le prix donné pour Oberon. Au même théâtre, une pièce en trois actes, traduite du français, rapportait, en cas de succès, de 200 à 400 livres. Drury-Lane accordait 33 livres 6 shellings 8 deniers pour chaque représentation jusqu’à la neuvième, et un supplément de 100 livres à la vingtième. Dans les six années antérieures à l’enquête, les deux grands théâtres avaient dépensé chacun 1,500 livres en droits d’auteur. Les théâtres secondaires avaient d’autres tarifs. Celui de la Cité allouait 10 livres par pièce, celui de Cobourg de 20 à 25 livres, jamais davantage ; quelquefois on accordait aux auteurs une guinée ou une demi-guinée par représentation, mais point de représentation à bénéfice. Les farces rapportaient communément 50 livres par trois représentations. D’après plusieurs dépositions, aucun auteur n’avait touché plus de 5,000 livres en un an. Cependant les plaintes des écrivains portaient moins sur la modicité des