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grande administration qui n’ait des règles intérieures pour l’avancement, et qu’on n’accorde à la faveur, dans la plupart des carrières financières, que ce qu’il serait malheureusement impossible de lui refuser, lors même que la proposition discutée dans les bureaux de la chambre serait convertie en résolution législative.

Le régime actuel semble devoir suffire pour tous ces services : aussi le projet de M. Saint-Marc Girardin et de ses honorables collègues se réduit-il à peu près à réclamer des ordonnances spéciales dont on ne détermine ni la matière ni les dispositions principales. Nous doutons que les auteurs de la proposition et les membres de la commission élue pour l’examiner veuillent l’application rigoureuse du principe des épreuves préalables et de l’avancement hiérarchique aux carrières politiques proprement dites, c’est-à-dire celles qui dépendent des départemens de l’intérieur et des affaires étrangères ; nous doutons surtout qu’ils osent aller, avec la Prusse et le Wurtemberg, jusqu’à affecter de droit au concours la plupart des fonctions administratives, de manière à constituer en France une classe d’aspirans administratifs analogues aux caméralistes de l’Allemagne. Dès-lors il est permis de croire que cette proposition aura plus pour effet de proclamer quelques maximes salutaires que de déterminer le vote de dispositions effectives. C’est une question mise à l’étude avec l’intention de l’y laisser long-temps. Une autre question appelait une solution plus nette et plus prochaine, et c’est pour cela, sans aucun doute, que le cabinet est parvenu à la faire écarter à la majorité de quelques voix. La France a embrassé résolument la politique de la paix ; si cette politique est quelque chose de plus qu’un expédient imposé par les circonstances, si elle est véritablement un système, ce système doit être appliqué avec ses conséquences naturelles. Notre pays doit, au moins, comme l’Europe entière, avoir les profits d’un état de choses auquel il a fait plus de sacrifices que personne. Au premier rang de ces bénéfices se placent naturellement la diminution de l’effectif militaire et l’abaissement de l’intérêt de la dette publique. On peut croire que la chambre maintiendra ses précédens sur la première question ; mais elle vient de les sacrifier complètement sur la seconde.

L’objection préjudicielle faite à la proposition n’était pas plus sérieuse que celles qui ont été opposées à la mesure elle-même. La prise en considération n’entraînait qu’un vote de principe, elle laissait à une commission le soin de déterminer, d’accord avec le gouvernement, le mode, le terme et les conditions de l’opération. Ceux qui ne sont pas étrangers aux phases de cette grande affaire n’ont pas oublié que c’est toujours de l’initiative de la chambre que sont sortis les projets de conversion, ainsi que l’a fort bien fait observer l’auteur de la proposition. Dans un rapport sur le budget de 1832, M. Jacques Lefebvre rappela le premier au gouvernement les devoirs qui lui étaient imposés, dans le double but d’abaisser le taux général de l’intérêt et d’alléger les charges publiques. En 1836, M. Gouin saisit la chambre d’une proposition semblable, que le cabinet repoussait alors, comme aujourd’hui,