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d’autres. Il est impossible de mettre du sentiment, du goût, de la vie et de l’intelligence dans la couleur, sans en mettre aussi dans tout le reste. Du moins nous ne croyons pas que cela soit jamais arrivé ; et si parmi les coloristes de quelque valeur il en est beaucoup, même des premiers, qui aient été relativement assez faibles dans l’expression des pensées et des hautes passions, peu scrupuleux sur le choix des formes, et assez indifférens à l’effet moral de leurs œuvres, il n’en est aucun qui n’ait mis dans ses figures ou de la vérité, ou de la grâce, ou de l’esprit. Nous ne nous chargerons pas de dire à quelle dose tout cela peut se trouver dans la peinture de M. Couture ; c’est assez qu’elle soit suffisante pour que sa composition puisse plaire à ceux même qui ne cherchent et ne sauraient voir dans un tableau qu’une scène de comédie ou de tragédie plus ou moins bien jouée, ou le récit plus ou moins clair et circonstancié d’un fait.

Nous pensons que ce jeune artiste vient de donner dans ce dernier ouvrage la mesure de la portée et de l’avenir de son talent. N’aller que jusque-là, lorsqu’on va jusque-là, c’est presque indiquer qu’on ne peut aller plus loin, et cette œuvre aurait beaucoup plus de prix si l’on pouvait croire qu’elle n’est qu’une promesse.

Bonheur, Malheur, telle est l’antithèse philosophique que M. Gallait a essayé de formuler en peinture, sous l’emblème de deux mères dont l’une, couverte des haillons de la pauvreté, le teint hâve, les traits flétris, debout en face d’une pierre tumulaire, porte dans ses bras et serre contre son sein desséché deux petits enfans endormis, tandis que l’autre, richement parée, entourée de fleurs, resplendissante de jeunesse, de vie et de santé, contemple avec tendresse son enfant jouant sur ses genoux. Ces deux tableaux, de même dimension, se font pendant. Nous n’aimons pas en peinture ces moralités larmoyantes du drame bourgeois. Au temps de Diderot, cette idée seule eût valu à M. Gallait les honneurs du salon. On était alors très sensible, et on ne parlait de la vertu qu’avec la larme à l’œil. Pour nous en tenir à la question d’art, nous dirons que la pauvre veuve nous paraît, pour le caractère et l’expression, de la famille bien connue des femmes malheureuses de M. A. Scheffer. Sans se distinguer par des qualités bien supérieures, ces deux morceaux de l’auteur de l’Abdication de Charles-Quint sont dignes d’attirer l’attention des artistes non moins que la sympathie des âmes sensibles. Le Malheur particulièrement est peint avec beaucoup de finesse et d’un ton harmonieux. Dans le Bonheur il y a un peu trop de clinquant dans l’effet, et si nous ne nous trompons, la couleur manque de vérité. M. Gallait a aussi un portrait