Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/367

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


mais une mauvaise disposition de ses masses et de sa lumière ôte tout effet à son tableau, peint d’ailleurs avec largeur et facilité. Cette bataille nous en rappelle une autre que le jury n’a pas laissé voir au public ; œuvre d’un artiste d’un talent jeune, hardi, plein de verve et d’entrain, la Bataille d’Hastings, de M. Debon. Dans sa Bataille d’Ascalon, M. Larivière a rencontré cette fois quelques combinaisons un peu moins banales que celles qui défraient d’ordinaire sa grande exploitation, et on aurait lieu de le féliciter de l’ordonnance ingénieuse de sa composition, et de l’invention de quelques motifs heureux, si l’on ne devait avant tout se plaindre du défaut de caractère de son style et de la triviale facilité de son exécution.

On trouvera naturel et même respectueux que nous nous taisions sur la peinture officielle de M. Biard, qui n’a d’historique que les noms, les costumes et le lieu. On trouvera à se procurer un accès de gaieté moins inconvenante devant son Appartement à louer, et ses Inconvéniens d’un Voyage d’agrément.

Si l’on veut voir une œuvre d’art véritable, non du premier ordre, ni même peut-être du second, mais d’une grande distinction relative, il faut aller dans la galerie de bois s’arrêter devant ce frais morceau de couleur qu’il a plu à M. Couture d’appeler l’Amour de l’or. M. Couture est et veut, avant tout, être coloriste. Il faut donc avec lui, comme avec ses pareils, accorder beaucoup à la fantaisie et au caprice, ne pas trop s’inquiéter du sujet, et aller droit à la peinture. Sous ce point de vue, son nouvel ouvrage développe, sur une échelle un peu plus large, et avec un degré supérieur d’accentuation, les qualités qui se trouvaient déjà, quoique moins clairement écrites, dans son Trouvère de l’an dernier : une grande finesse et transparence de tons, et une distribution harmonieuse de la lumière. Sa couleur n’a ni beaucoup de richesse ni beaucoup de ressort, mais elle a un jeu et un mouvement qui amusent et attachent l’œil. Ce n’est pas un coloris, qu’on nous passe le terme, de style, car il y a aussi du style dans la couleur, comme celui des maîtres en ce genre, celui d’un Titien, d’un Rubens, d’un Véronèse. Celui-ci est, pourrait-on dire, d’une étoffe plus mince, plus légère et bien moins résistante. Il est un peu à la superficie ; au lieu d’adhérer fortement aux objets et de faire corps avec eux, il n’en est que le vêtement. Il y a dans l’exécution de M. Couture plus de pratique qu’on ne le croirait d’abord, et pas mal de petits secrets d’atelier. Elle a cependant une physionomie assez caractérisée pour constituer une manière. Si nous remarquons plus spécialement les qualités techniques de cette composition, ce n’est pas qu’elle n’en ait point