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s’en autoriser. Quoi qu’il en soit, cette madone est une figure d’un style prétentieux et qui cherche à avoir une physionomie, d’un coloris froid et sans ressort, d’une exécution qui vise à la correction et à la précision du modelé, mais qui manque essentiellement d’étoffe et de corps. C’est une peinture toute en surface. On ne peut cependant refuser à cette composition une certaine tournure qui voudrait être élégante et noble, et qui peut à la vérité produire un instant cette illusion. Nous ne dirons rien de cette bizarre idée de mettre la Vierge dans la neige, et de faire grelotter ce pauvre enfant-Jésus sous un ciel inclément, quelque soin que prenne la mère de réchauffer ses petites mains dans les siennes. Quant à la Rosée, c’est une figure de femme, entièrement nue, debout, entourée de touffes luxuriantes de feuillage et de fleurs, qui étend et arrondit ses bras au-dessus de sa tête, comme une joueuse de castagnettes, et laisse tomber négligemment de ses mains entr’ouvertes des gouttes d’eau, que M. Dorat et M. Ziégler appellent des perles. Ce programme était certainement imprévu. Il nous reporte à ces temps ingénieux où l’on intitulait un tableau : les Amours d’un Papillon et d’une Rose, ou Venus vaccinée par Esculape. La filiation d’idées qui a pu conduire M. Ziégler à la conception, à l’invention et à la dénomination de cette figure, est cependant la chose la plus simple du monde. Il avait chez lui, dit-on, un vieux tableau de l’école de Primatice, représentant une femme nue qui, se retenant avec ses deux mains aux branches d’un arbre, se balance mollement sur ses bras. A ses pieds était un petit amour. Otez maintenant le petit amour et l’arbre, la femme restera dans sa pose primitive, et vous aurez la figure du tableau de M. Ziégler. Substituez aux couleurs un peu dégradées, mais encore chaudes et brillantes, de la vieille toile, des tons gris-bleuâtres, blafards et ingrats, et vous aurez la peinture que vous voyez. C’est ainsi que Vénus a été transformée en Rosée. Telle est l’explication qu’on nous a donnée de cette énigme, et qui nous parait très vraisemblable. Dans cette supposition, en effet, le jet hardi, élégant et gracieux de la figure se comprendrait aussi facilement que les qualités moins aimables de l’exécution ; et chaque chose serait remise à sa place. Reste la Vénitienne, figure nue à mi-corps, occupée à dérouler les longues tresses d’une brune chevelure. Nous aimons à retrouver dans l’exécution de ce morceau quelques bons souvenirs du Giotto, qui fut le début de M. Ziégler, et qui lui valut un succès brillant et mérité.

Lorsque, il y a environ vingt-cinq ans, M. Couder gagnait un prix de peinture historique avec son fameux Lévite d’Éphraïm, lorsqu’il