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d’Edimbourg. La pensée de ce recueil vint au révérend Sydney Smith, qui en a été assurément l’écrivain le plus spirituel et le plus vif. Il eut tout de suite pour associés M. Jeffrey, M. Brougham, M. Horner, qui s’acquit bientôt à la chambre des communes une autorité universellement reconnue dans les questions financières et commerciales, et qu’une mort prématurée empêcha seule d’arriver aux positions les plus considérables. Walter Scott y travailla pendant les premiers temps ; mais les tendances politiques de la Revue d’Edimbourg lui firent cesser sa collaboration. M. Sydney Smith ne fut à la tête de la rédaction que pendant une année ; M. Jeffrey prit la direction du recueil en 1803 et ne la quitta qu’en 1829. Il en fut pendant toute cette période le rédacteur le plus assidu. Il y a tel numéro dans lequel j’ai compté jusqu’à quatre ou cinq articles de sa plume. Élu, en 1829, doyen de l’ordre des avocats d’Edimbourg, il ne crut pas pouvoir concilier la dignité qui venait de lui être conférée à l’unanimité par ses confrères avec la position de directeur d’un journal de parti, et il résigna ses fonctions d’editor. Il cessa aussi de prendre une part active à la rédaction : il n’a pas écrit depuis lors pour l’Edinburgh Review plus de quatre articles. Les positions élevées qu’il occupa bientôt après dans la magistrature durent naturellement ralentir sa collaboration. Edimbourg l’envoya en 1831 à la chambre des communes ; il fit partie de l’administration de lord Grey comme lord-advocate (procureur-général) d’Ecosse. Sa carrière parlementaire fut de courte durée. Une immense réputation d’écrivain l’avait devancé à la chambre des communes ; ses amis, ses compatriotes, témoins de ses succès au barreau d’Edimbourg, lui présageaient d’éclatans triomphes oratoires sur la première scène politique du royaume-uni. La curiosité, les grandes espérances qui s’attachaient à son début parlementaire lui furent nuisibles : quoique doué d’une extraordinaire facilité de parole, il n’obtint auprès de l’auditoire des communes qu’un succès d’estime, ce qui était un échec, comparé aux succès d’enthousiasme que les journaux écossais avaient promis. Je crois que M. Jeffrey commençait trop tard sa carrière parlementaire. Sur une assemblée composée comme la chambre des communes, c’est par une argumentation vive, mais familière, et dont il faut combiner d’ailleurs les évolutions rapides sous le feu des mobiles impressions de l’auditoire, que la parole acquiert un ascendant assuré. Or, la nature d’éloquence qui réussit le plus sur les assemblées politiques, ce talent de la discussion pratique, que les Anglais définissent d’un mot en donnant à ceux qui en sont doués le nom de debater, est rarement innée ; elle ne