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étant instruits des faits, lèveront par leur conseil et leur autorité les obstacles qui éloignent le roi de remplir un devoir saint pour lui et édifiant pour les peuples.

« Il est nécessaire de présenter au pape et au cardinal Spinelli la suite véritable des faits, pour qu’ils connaissent et puissent apporter remède aux difficultés qui sont suscitées, tant pour le fond de la chose que par les intrigues qui les suscitent. »


Ici la marquise change de style sans en avertir le lecteur, et parle à la troisième personne comme César.


« Le roi a dans le cœur une amitié et une confiance pour M"^ la marquise de Pompadour, qui fait la douceur et la tranquillité de sa vie ; ces senti- mens de sa majesté sont totalement étrangers à ceux que la passion excite ; l’on peut assurer, avec la vérité la plus pure, qu’il ne se passe depuis quatre ans et plus, dans le commerce du roi et de M’"^ de Pompadour, rien qui puisse être taxé de passion, et, par conséquent, rien qui soit contraire à la régularité des mœurs la plus exacte.

« Il y a quelques années que les dispositions du roi et de Mme de Pompadour étant telles que l’on vient de les dépeindre, avec la ferme résolution des deux parties de les maintenir dans cet état, le roi écrivit à son confesseur, qui alors était le père Perusseau, qu’il désirait approcher des sacremens ; ce confesseur lui répondit qu’il ne pouvait pas prêter son ministère aux désirs du roi, à moins qu’il n’éloignât de lui Mme de Pompadour, objet, selon le confesseur, de scandale. Le roi répliqua au confesseur que Mme de Pompadour n’étant, ni par sa conduite ni par sa volonté, une occasion de péché pour lui, il ne voulait pas sacrifier le bonheur de sa vie et de sa confiance, puisque dans le fond Mme de Pompadour n’était pas une raison véritable pour lui de péché ; le confesseur persista, et le roi n’approcha point des sacremens. Telle est la situation de la conscience du roi ; depuis ce temps, le père Desmarêts a succédé au père Perusseau dans la charge de confesseur ; plus borné que son prédécesseur, et entouré de même que lui des personnes qui, voulant éloigner Mme de Pompadour de la cour, lui font entrevoir du déshonneur à donner l’absolution au roi, il suit les mêmes principes [1]. »


Voilà ce qu’écrivait Mme de Pompadour. Elle se promit d’agir en conséquence et tint fidèlement parole. Peut-être dira-t-on qu’en cette occasion les jésuites se perdirent pour n’être pas restés eux-mêmes. Nous serons plus juste : cette passagère inhabileté les honore. Dans une autre occasion encore plus décisive, ils furent moins heureux. Rappelons en peu de mots une aventure trop connue. Le père

  1. Manuscrits du duc de Choiseul.