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richement dotée par Crabbe, Campbell, Moore, Southey, Coleridge, Wordsworth, et reçut de Walter Scott et de Byron illustre immortel.

Il n’y a pas, je pense, de témérité, si rapprochée qu’elle soit de nous, à placer l’ère de Walter Scott et de Byron parmi les grands âges de l’histoire des lettres. L’influence que M. Jeffrey y a exercée au nom d’un des intérêts les plus sérieux de la littérature recommande donc hautement les volumes que nous nous proposons d’examiner. Peut-être ne fut-il jamais plus important qu’aujourd’hui de se bien rendre compte de la solidarité qui unit la prospérité des lettres à la force de l’esprit critique : il serait assurément difficile de trouver pour une étude si opportune des lumières plus précieuses que celles que nous apportent les essais de M. Jeffrey.

Lorsque le public distrait ou rebuté accueille les travaux littéraires par l’indifférence ou quelquefois par des engouemens plus injurieux pour l’art que la brutalité naïve d’un mépris absolu, lorsque, sauf des exceptions bien rares, ceux d’entre les poètes chez lesquels la lassitude ou le découragement n’a point éteint, je ne dis pas l’inspiration, mais l’activité productrice, semblent faire de leur mieux pour justifier les dédains du public, c’est un pressant devoir pour les intelligences élevées d’appliquer leur attention aux causes qui animent et entretiennent la vie littéraire dans les sociétés. L’indifférence commune, loin d’envahir les esprits de cet ordre, ne peut que redoubler en eux le souci des intérêts de la littérature. Il ne faudrait pas seulement qu’ils eussent réprimé les aspirations les plus puissantes et les plus douces que développe la culture intellectuelle, il faudrait qu’ils se fussent lâchement détournés des grandes ambitions, pour cesser de voir et d’aimer dans les lettres la splendeur qui multiplie et consacre ce souvenir perpétué de toutes les grandes choses qui s’appelle la gloire. Ces esprits succomberaient-ils plutôt sous les désappointemens prodigués avec une libéralité si cruelle à la situation présente ? Parce que le succès n’a pas couronné toutes les espérances conçues il y a vingt ans, parce que toutes les promesses n’ont pas été tenues, parce que bien des gloires ont vu se ternir leur éclat précoce et se sont flétries dans leur fleur, faut-il se punir soi-même par le découragement des fautes de la présomption ? Faut-il délaisser désormais comme une préoccupation aussi stérile qu’importune l’étude des lois mystérieuses qui président à l’enfantement des âges littéraires ? Si des siècles privilégiés élèvent des œuvres impérissables, si des époques déshéritées survivent à la ruine des édifices qu’elles avaient construits avec orgueil, la sagesse est-elle d’attendre dans une oisiveté insoucieuse l’impulsion