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qui réunit les états divisés, de Nabuchodonosor, à qui Cambyse, fils de Cyrus, les reprit. Les Égyptiens se réunissent à la Libye, reconquièrent la liberté, guerroient contre les Perses jusqu’à ce qu’arrive Alexandre, qui, à ma plus grande satisfaction, met fin à la dispute et à l’histoire. — Telle est la teneur de la première leçon. Tu vois que j’ai bien écouté ; ce qui m’encourageait, c’était la pensée de faire la chasse à l’ennui et de te faire voir aussi combien il est inutile de souffler encore sur des cendres dont la nature ne saurait plus tirer de sel ; il n’en sortira jamais une étincelle ; laissons donc ces vieux souverains continuer de pourrir en paix dans leurs pyramides. — Le printemps gonfle la terre ; toute l’entour, il pousse les germes et verdit les feuilles déployées ; il presse aussi mon âme, il gonfle ma lèvre d’ivresse, de telle sorte qu’au nouveau soleil les enveloppes et les boutons de mes pensées viennent à s’ouvrir aussi. Ce matin, je suis allée dans la forêt dès le soleil levant qui entourait les cimes d’une ceinture resplendissante ; sur le sol humecté alternaient l’azur des vergissmeinnicht et l’or des renoncules ; c’était si humide, si chaud, si moussu, si ardent au visage, si frais à terre ! La rosée était si forte que j’en fus toute baignée ; comme je rentrais à la maison, le maître d’histoire m’aborde avec la dix-huit centième année du monde, dans laquelle Nemrod a fondé Babylone ; je n’ai pas voulu demander qui était Nemrod, de peur qu’il ne me l’apprît et que cela ne servît de rien. Si ce Nemrod était un bon diable et plus à mon gré que les hommes d’aujourd’hui, je lui accorderais volontiers l’immortalité ; mais le professeur met tout de suite à ses trousses Ninus l’Assyrien qui conquiert l’empire ; je n’ai donc pas de repos jusqu’à ce que l’empire soit de nouveau conquis par Nabopolasar, qui arrive également on ne sait d’où. Nabuchodonosor envahit l’Egypte ; les Babyloniens, les Assyriens, les Mèdes font la guerre jusqu’à ce que Cyrus le Perse conquière à son tour tous ces royaumes. L’histoire babylonienne comprend 1600 ans ; elle a commencé à onze heures, fini au coup de midi ; — je cours au jardin.»

Mais voici la jeune étourdie qui s’arrête au plus fort de ses divagations ; elle pense à son frère Clément, à ce frère qu’elle chérit et dont la présence l’illumine d’éclairs intérieurs. « N’écris rien de moi à Clément, dit-elle tout à coup à Mlle de Günderode, ne lui parle pas de mes extravagances ; il me croit souvent possédée du démon, il me fait mille questions, il s’étonne de ce que je suis ainsi, il scrute, il examine, il cherche la cause et interroge les gens pour savoir si je suis amoureuse. Il n’approuverait pas, s’il le savait, que je monte le soir sur le toit et que je joue sur le flageolet une sérénade au soleil