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Page:Revue des Deux Mondes - 1844 - tome 6.djvu/257

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d’afflictions je veux renoncer à ce qui m’en consolerait. C’est être trop dupe. Je mène ici une plate vie, et, ce qui est pis que plat, je suis toujours un pied en l’air, ne sachant s’il ne me faudra pas retourner à La Haye, pour y répéter à des gens qui ne s’en soucient guère qu’ils sont des faussaires et des scélérats. Cette perspective m’empêche de jouir de ma solitude et de mon repos, les deux seuls biens qui me restent. Elle m’a aussi souvent empêché d’achever des lettres que j’avais commencées pour vous. Ma table est couverte de ces fragmens qui ont toujours la longueur d’une page, parce qu’alors je suis obligé de m’arrêter, et quelque chienne d’idée vient à la traverse, je jette ma lettre, et je ne la reprends plus. Dieu sait si celle-ci sera plus heureuse. Je le désire de tout mon cœur. Je m’occupe à présent à lire et à réfuter le livre de Burke contre les levellers français. Il y a autant d’absurdités que de lignes dans ce fameux livre ; aussi a-t-il un plein succès dans toutes les sociétés anglaises et allemandes. Il défend la noblesse, et l’exclusion des sectaires, et l’établissement d’une religion dominante, et autres choses de cette nature. J’ai déjà beaucoup écrit sur cette apologie des abus, et, si le maudît procès de mon père ne vient pas m’arracher à mon loisir, je pourrais bien pour la première fois de ma vie avoir fini un ouvrage. Mes Brabançons <ref> Il s’agit de ce petit ouvrage sur la révolution du Brabant dont il parlait tout à l’heure. </<ref> se sont en allés en fumée, comme leurs modèles, et les 50 louis avec eux. Le moment de l’intérêt et de la curiosité a passé trop vite. Vous ne me paraissez pas démocrate. Je crois comme vous qu’on ne voit au fond que la fourbe et la fureur ; mais j’aime mieux la fourbe et la fureur qui renversent les châteaux forts, détruisent les titres et autres sottises de cette espèce, mettent sur un pied égal toutes les rêveries religieuses, que celles qui voudraient conserver et consacrer ces misérables avortons de la stupidité barbare des juifs, entée sur la férocité ignorante des Vandales. Le genre humain est né sot et mené par des fripons, c’est la règle ; mais entre fripons et fripons, je donne ma voix aux Mirabeau et aux Barnave plutôt qu’aux Sartine et aux Breteuil... Je serais bien aise de revoir Paris, et je me repens fort, quand j’y pense, d’avoir fait un si sot usage, quand j’y étais, de mon temps, de mon argent et de ma santé. J’étais, n’en déplaise à vos bontés, un sot personnage alors avec mes... et mes..., etc., etc. (Il indique deux ou trois noms de femmes). Je suis peut-être aussi sot à présent, mais au moins je ne me pique plus de veiller, de jouer, de me ruiner, et d’être malade le